John Harvey, D’ombre et de lumière

John Harvey est un auteur précieux. Sans esbroufe, avec une grande simplicité et une apparente facilité il construit, roman après roman, une œuvre magistrale. D’ombre et de lumière est le troisième roman de la série consacrée à Frank Elder.

Frank Elder est retourné se terrer en Cornouailles quand son ex femme Joanne l’appelle. Il craint dans un premier temps que leur fille Katherine, séquestrée et violée par un psychopathe en partie par sa faute, soit de nouveau au plus mal. Mais il s’agit d’autre chose. La sœur d’une amie de Joanne a disparu depuis deux semaines, et elle voudrait que Frank vienne l’aider. Pour s’occuper et pour avoir l’occasion de voir sa fille, Frank accepte de revenir à Nottingham. Quelques jours après le début de son enquête, la disparue est retrouvée chez elle, morte, étendue sur son lit dans un attitude paisible. Une mise en scène qui rappelle à Frank sa première enquête à Nottingham, huit ans plus tôt. Un meurtre qu’il n’a jamais élucidé.

Pourquoi John Harvey me touche-t-il autant ? Pourquoi tous ses romans font-ils mouche ? Qu’est-ce qui fait de ce troisième (et dernier ?) opus de la série Frank Elder une réussite de plus ?

On peut citer, en vrac, des ingrédients de la sauce. Les intrigues sont toujours soignées, entremêlées, jamais simplifiées. Le décor, les lieux, les atmosphères sont toujours bien rendus, sans effets spectaculaires, sans figures de style, mais avec ce qu’il faut pour que l’on sente le froid, l’amertume d’un café, la buée sur le pare-brise d’une voiture. Et surtout, les personnages sont magnifiques, qu’ils soient pourris, paumés, écrasés, bienveillants, fripés, courageux, lâches, solitaires, au point de rupture ou heureux … John Harvey les aime tous, leur accorde à tous son attention et son talent, décrit, explique mais ne juge que très rarement. Du coup le lecteur accroche, tremble, pleure, rit avec eux.

Pour lier tous ces ingrédients, et faire monter la sauce il y a sans doute ce qu’on appelle le talent. John Harvey est un grand qui aime les gens et le dit en écrivant de magnifiques histoires policières.

Comme les deux autres volumes consacrés à Frank Elder, celui-ci est plus intimiste, plus centré sur la psychologie des personnages que la série Charlie Resnick, que l’on pourrait qualifier de plus « sociale ». Une distinction est un peu artificielle car bien entendu il y a aussi du social dans les Elder, et du psychologique dans les Resnick. Le cycle Frank Elder se terminerait, c’est bien dommage. Mais il se lit ici ou là que bientôt Charlie Resnick serait de retour, et ça c’est une excellente nouvelle.

Bibliosurf publie sur son site un interview de John Harvey, réalisé par Marc Villard et traduit par Stéphanie Benson.

John Harvey / D’ombre et de lumière (Darkness and light, 2006). Rivages/Thriller (2008). Traduit de l’Anglais par Jean-Paul Gratias.

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