Anatomie d’un casse

Bill James est un auteur anglais assez méconnu en France. Sans états d’âme est le septième volume d’une série consacrée à deux flics, Harpur et Iles, publié en France. Mais l’ordre de traduction ne respecte pas l’ordre de parution en Angleterre, le premier sorti en France Retour après la nuit, étant le 10° de la série.

Ce volume laisse un peu les flics de côté, pour se centrer sur Ron Preston, le Stratège, un truand très prudent qui aime faire de petits coups, parfaitement préparés, et fuit comme la peste la mythologie du Big One, celui qui permettra de prendre sa retraite. Mais Ron a aussi des besoins : une famille à nourrir, une maîtresse avec un enfant à entretenir, une réputation à défendre …Et Ron commence à avoir des doutes : Et si sa fille et les petits jeunes avec qui il travaille avaient raison ? Et s’il se faisait vieux ? C’est pour battre ces doutes en brèche qu’il décide de maintenir l’attaque d’un transport de fonds bien que son informateur lui ait appris que le parcours a été rallongé, qu’il y aura trois fois plus d’argent à l’intérieur, et un convoyeur de plus. Mais malgré cela, Ron devient nerveux, et suspicieux. Et si c’était un piège ? Et si le terrible Harpur, le flic qui ne le lâche jamais était derrière tout cela ?

Le casse est un des thèmes classiques du roman et du film noir. On a bien entendu en tête Quand la ville dort (Asphalt Jungle), de William Burnett, porté magnifiquement à l’écran par John Huston, ou plus près de nous la série de Soderbergh, initiée par Ocean’s Eleven. Il vaut mieux oublier tout de suite ces références. Les truands de Bill James sont des gagne-petit, des besogneux du grand banditisme. Ils sont paranos, et l’équipe, loin des spécialistes à la Soderbergh rassemble un homme de main bas de front, un tonton gâteau qui raconte des blagues pour détendre l’atmosphère, deux jeunes fous qui oublient de réfléchir, et un vieux beau trouillard plus conformiste qu’un notable de province. Seule leur bêtise et leur trouille vont permettre aux flics, tout aussi limités, minables et totalement centrés sur leur petites personnes, de pouvoir contrecarrer leurs plans. Impossible de s’identifier, même un tout petit peu, à un des personnages, ils sont tous pathétiques. Pas de plan flamboyant, pas de destins tragiques, juste des petites vies, des petites envies, des petits boulots presque ordinaires, que Bill James dépeint avec le détachement et la froideur d’un scientifique regardant évoluer des insectes. La vraie vie grise et terne d’une petite ville de la province anglaise.

 Bill James / Sans état d’âme (Take, 1990), Rivages/Noir, traduit de l’anglais par Danièle Bondil.

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