Caryl Férey chez les Bocks

Cape Town, Afrique du Sud. Un des pays les plus dangereux au monde. Viols, meurtres, trafic de drogue, misère … La fin de l’apartheid a laissé la place à une ségrégation sociale presque aussi dure. Ali Neuman est zoulou et chef de la police criminelle de la ville. Avec l’attribution de la Coupe de Monde de foot en 2010, les instances politiques font pression pour faire baisser la criminalité. C’est qu’il ne faut pas effrayer les investisseurs … C’est alors que l’on trouve dans un parc de la ville le cadavre défiguré de la fille d’un ancien deuxième ligne Springbok. Les médias s’en mêlent, la vie de Neuman devient un enfer. L’autopsie révèle que la jeune femme avait dans le sang une nouvelle drogue, encore inconnue des services de police. Ali et ses deux adjoints ne savent pas qu’ils sont en train de mettre les pieds dans une affaire qui va complètement les dépasser.

Commençons par quelques généralités sur l’auteur. Caryl Férey aime voyager, de préférence dans des grands pays de rugby. Quand il ne situe pas ses romans dans sa Bretagne presque natale (Plutôt crever et La jambe gauche de Joe Strummer), il va en Australie (à peine au début de Utu), en Nouvelle-Zélande (Utu et Haka) et maintenant en Afrique du Sud. Une place en demi-finale de coupe de monde peut être due à la chance. L’Argentine sera une grande nation de rugby quand Caryl y situera un de ses polars.

Deuxième remarque, si Caryl Férey vous propose un jour une place dans un de ses polars refusez, faites vos bagages, et fuyez très vite et très loin. A part l’irlando-breton Mc Cash qui n’est pas franchement en bon état à la fin du second roman qui lui est consacré, les personnages de Caryl Férey n’ont aucune chance de devenir des personnages récurrents. Ils meurent en général dans d’abominables souffrances après en avoir pris plein la tête pendant 300 à 400 pages. A bon entendeur.

Zulu est bien dans la lignée. Comme la Nouvelle-Zélande d’Utu et Haka, l’Afrique du Sud de Zulu est sombre, sanglante, extrêmement violente, révoltante, désespérante. Ici la pression capitaliste est d’autant plus forte qu’elle s’exerce sur un pays en construction, une population misérable, inculte, au sein de laquelle les pires superstitions subsistent ; une population locale à laquelle viennent s’ajouter les éléments les plus violents et paumés en provenance des pays voisins en guerre.

Enfances dévastées, sida galopant, corruption, état totalement impuissant face à la main mise des gangs sur les townships … Le terrain de jeu idéal pour les grandes entreprises multinationales. Terrain de jeu où elles peuvent se permettre tout ce qui est interdit dans les pays un peu plus « policés ». Si on ajoute à cela que, des années après la fin de l’apartheid, les vieilles haines n’ont pas toutes disparues, on a une bonne idée de la couleur du tableau.

Dans ce chaos, comme toujours, Caryl Férey lâche ses personnages au milieu des fauves. Ecorchés, hantés et têtes dures, ou jeunes idéalistes pas totalement conscients de la violence du monde qu’ils doivent affronter, ils iront bien entendu jusqu’au bout, quoi qu’il leur en coûte. Malgré tout ce que l’on sait de l’auteur, ce que l’on sent dès le début, on ne peut s’empêcher de s’attacher à ses personnages flamboyants que l’on sait pourtant perdus d’avance.

Comme les romans précédents, Zulu est un thriller implacable, rageur, violent et lucide, qui fait souffler un grand vent de folie, secoue le lecteur, l’assomme, le révolte. Il est très dur, très sombre, mais une fois de plus passionnant et indispensable.

Caryl Férey / Zulu (série noire, 2008).

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