Le Blues de Félix

Cela faisait trois ans que l’on n’avait plus de nouvelles de Félix Dutrey. Depuis qu’on l’avait laissé à la fin de Loin des humains. Le revoici, seul sur la péniche d’Elisa, en train de broyer du noir :

« Je pourrais rentrer un soir chez moi et, sans presque réfléchir, me tirer une balle dans la tête.» Ainsi commence Tu ne verras plus, le nouveau roman de Pascal Dessaint.

Félix a donc des envies de suicide. Le boulot lui permet, provisoirement d’y échapper : Un taxidermiste a été retrouvé mort dans son atelier, les yeux enlevés, remplacés par deux billes. Pendant ce temps, sa collègue Magali enquête sur ce qui ressemble fort à un canular qui a mal tourné : Une troupe d’indiens a attaqué le petit train touristique du centre ville toulousain. Bilan, un mort de crise cardiaque. Pour compléter le tableau, leur collègue Marc file du mauvais coton et ne semble pas pouvoir se démêler de ses problèmes personnels. Décidément, Toulouse n’est pas toujours la ville rose.

Après une incursion dans le centre et le nord de la France, Pascal Dessaint retrouve Toulouse et Félix. Tu ne verras plus est le troisième volet de ses enquêtes, après Mourir n’est peut-être pas la pire des choses, et Loin des humains. Un troisième volet assez différent des premiers. En effet, si l’on retrouve l’équipe de flics des précédents, le ton est différent. Après plusieurs ouvrages polyphoniques, retour à un récit à une seule voix, qui chez Pascal est la marque du cycle des Emile.

On retrouve d’autres similitudes avec cette série : Une intrigue plus relâchée, une balade à travers la ville, une mélancolie et une déprime plus présentes. L’histoire noyée sous des pluies diluviennes voit Félix de plus en plus désabusé, de plus en plus écoeuré par ses semblables prêts à tout pour gagner quelques sous de plus. Il doute, surtout de lui et de son utilité, mais jamais, jamais, ne laisse tomber un ami. C’est la caractéristique forte des personnages de Pascal Dessaint, ils placent l’amitié au dessus de tout. Félix ne fait pas exception.

Il finit quand même par aller au bout de son enquête, sans passion, en se demandant s’il ne ferait pas mieux, comme certains des personnages qu’il croise, de se battre, par tous les moyens, pour préserver ce qu’il reste de nature. Une façon pour Pascal Dessaint de parler de ses préoccupations, et de citer les auteurs qu’il aime, ces américains fous des grands espaces.

 « – Tu vois, moi, ce que j’aimerais, c’est que tu me laisses me noyer. » Ainsi se termine le roman. La boucle est bouclée. Embarquez vous dans cette balade (ballade ?) bluesy dans une Toulouse plus grise que rose.

Petit rappel pour les toulousains et leurs voisins. Pascal sera à Ombres Blanches le mercredi 2 avril à partir de 18h00 pour rencontrer ses lecteurs et dédicacer ses romans. J’aurai le plaisir d’animer la rencontre.

Pascal Dessaint / Tu ne verras plus (Rivages thriller, 2008)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s