M. Villard et JB Pouy s’amusent

Prenez deux virtuoses à l’imagination débordante. Laissez-leur le champ libre, en ne leur donnant qu’une contrainte : s’amuser à deux. Vous obtenez Tohu-Bohu, de Marc Villard et Jean-Bernard Pouy. Le principe est simple : chacun doit écrire six nouvelles. Et hop, il les envoie à l’autre, qui lui répond. En écrivant une suite, une variation, ce qui précède, un écho, en intercalant, en rebondissant, sur le thème sur une phrase …

Vous obtenez alors vingt-quatre nouvelles, à lire deux par deux, avec pour narrateurs, une vache, quelques chevaux, un hamster, des chiens, des chats, un frigo, un arnaqueur, Miles Davis, un tueur, son employeur, des écrivains, une bonne sœur, des minots, un renard, un corbeau (sans fromage) …

La première impression du lecteur, est celle d’un immense plaisir. D’écriture, et bien sûr, de lecture. Pour eux (qui ont été à la fois lecteurs et écrivains) et pour l’heureux lecteur qui a le volume dans les mains. C’est brillantissime, jouissif, jubilatoire. Le lecteur reste bouché bée devant une telle maestria, une telle inventivité, une telle capacité de rebondir sur les thèmes de l’autre.

Il faut bien entendu les lire deux par deux. Une obligation qui n’en est pas une tant il est impossible de résister, à la fin de la première nouvelle du duo, à l’envie de voir comment l’autre s’en est tiré ! On sent le sourire sardonique du premier se disant « tiens, qu’est-ce que tu vas faire avec ça ? Vas-tu saisir cette perche ? Vas-tu me surprendre ? » et la sourire de matou satisfait su second répondant : « T’as vu comment je te l’ai retourné ? t’y aurais pensé à ça ? ». Et vice-versa. Deux gros matous. Geste vif, parfait, minimal, ludique mais définitif.

J’avoue que mon anticléricalisme primaire me fait apprécier particulièrement la pulpeuse Laure de la Grâce Immanente, qui dans sa petite robe jaune a mis nos deux auteurs en émois. Mais tout est bon. Et je suis bien content de ne pas chercher à écrire, je crois que je trouverais horriblement agaçant d’avoir là, sous le nez, une telle démonstration de virtuosité souriante …

Marc Villard et Jean-Bernard Pouy / Tohu-Bohu (Rivages/Noir, 2008)

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