Antoine Chainas, Anaisthêsia

Il me fallait bien un Dortmunder entre Iode et Anaisthêsia, le nouveau Antoine Chainas.

Quelque part en France. Désiré Saint-Pierre est un symbole, un alibi que l’on exhibe aux média pour montrer que, non, la police française n’est pas raciste, et qu’il y a des noirs venus des quartiers pourris qui peuvent réussir. En tant que flic, Désiré n’est pas en odeur de sainteté dans son quartier. En tant que noir, il n’est pas franchement adoré par ses collègues. Mais depuis son accident de voiture qui l’a amené aux portes de la mort, Désiré s’en fout. Il se fout de tout d’ailleurs. Il ne sent plus rien. Ni douleur, ni empathie, rien. Mais il continue à vivre, et, avec ses collègues, à traquer la tueuse aux bagues qui sème les cadavres sur sa route.

Après Versus, tout le monde attendait Antoine Chainas. Le revoilà, avec Anaisthêsia à la fois identique et totalement différent.

Identique parce que son univers est toujours aussi noir, parce qu’il explore une fois de plus nos marges et nos déviances, parce que son écriture a gardé son impact, son rythme lancinant, parce qu’il a une manière unique de jouer des répétitions et des accumulations sans jamais donner l’impression de « faire » du style.

Différent parce qu’après la furia, la déferlante de rage et de haine de Nazzuti dans Versus, nous sommes ici à l’opposé du spectre émotionnel, avec un personnage totalement indifférent à tout, sans aucun ressenti, sans aucune émotion. Le passage du brûlant au glacial, toujours aux extrêmes (je n’invente rien, il le dit dans l’interview citée ci-dessous, mais promis juré, c’est bien ce qu’on ressent).

Une bonne illustration de ce contraste est donnée par les débuts des deux romans. Jugez plutôt :

Versus

« Enfoiré ! espèce de tapette à la con ! Sale fiotte de merde ! Pedzouille ! Putain de bouffeur de terre jaune ! Enfileur de bagouses ! Tu crois que je vais me laisser faire tata Yoyo ? Tu crois que j’ai peur de toi ? Peur de ce que tu pourrais faire ? Mais je t’emmerde ! Je t’emmerde bien profond.« 

Anaisthêsia :

 » Ils disent que quand tu meurs, on t’enferme dans une housse biodégradable Hygéral 100 avec une fermeture en nylon et drap absorbant conforme au décret numéro 8728 du quatorze janvier quatre-vingt-sept, article vingt-neuf, agréée par le ministère de la Santé et de l’Action humanitaire. « 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman, sur son choix de détailler ainsi les objets et leurs marques, sur son contexte historique et géographique qui le situe hors du temps et du pays, tout en décrivant si bien notre époque et notre belle France, sur ses descriptions des différentes maladies mentales sur … Mais est-ce bien utile ? Il est bien résumé ainsi :A près la rage, l’indifférence, après le brûlant, le glacial. Que nous réserve le prochain ? Une seule chose est sure, il ne sera certainement pas tiède.

Sur polar blog, une interview d’Antoine Chainas par Bastien Bonnefous.

Antoine Chainas / Anaisthêsia, Série noire (2009).

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