La SF sauvera-t-elle l’humanité ?

Il s’est fait attendre, voilà le billet sur Il est parmi nous, le dernier roman, de Norman Spinrad.

 Qui est Ralf, ce comique moyen devenu animateur du Monde selon Ralf sur une des innombrables chaînes américaines ? Un comique qui a pété les plombs et s’est totalement identifié à son personnage ? Un véritable homme du futur venu nous faire peur avec la description sans fard de ce qui attend nos petits-enfants ? L’incarnation d’une conscience supérieure venu nous réveiller juste avant la catastrophe ? C’est ce que se demandent Texas Jimmy Balaban, son agent, vieux briscard du show-biz de seconde catégorie à LA, Dexter D. Lampkin, écrivain de science-fiction qui peine à croire encore à ce qui le poussait à écrire quand il était jeune, et Amanda Robin, actrice, formatrice mystique, à la recherche de l’illumination. En attendant de savoir, ils vont tous utiliser Ralf pour tenter de réveiller leurs contemporains. A moins que ce ne soit Ralf qui les utilise … Et quel peut bien être le lien avec Foxy Loxy, jeune camée new-yorkaise qui entame une terrible descente en enfer ?

Commençons par ce qui m’a agacé : la quantité de coquilles ! Certes c’est difficile et long de relire près de sept cent pages, mais Fayard n’est quand même pas une petite maison d’édition sans moyens !

Ceci dit, quel monstre. Je n’en attendais pas moins de l’auteur, entre autres, de Jack Baron, de Bleue comme une orange, du Printemps russe, des Années fléaux, de En direct … n’empêche, je suis impressionné. Durablement.

Commençons par cerner la bête. C’est à peine de la science fiction. Pour commencer, ça se déroule aujourd’hui, et ici (enfin là-bas aux US). C’est à la fois picaresque (autour du personnage de Balaban), sans pitié mais pas sans tendresse, quand il s’agit de décrire le monde des fans de SF aux US, d’une noirceur totale dans les pages consacrées à Foxy Loxy, très philosophique et d’un haut niveau de prospective scientifique, très pessimiste, et incroyablement optimiste. Tout ça à la fois. Mais c’est vrai qu’on peut en faire des choses en 700 pages d’une telle densité.

En toute objectivité, il y a des longueurs, et le lecteur devrait décrocher. Et pourtant, on ne s’ennuie jamais, on tient le coup, même dans les passages les plus ardus, même quand on ne comprend pas tout. Ayant une formation plus scientifique que philosophique, j’avoue qu’il y a certains passages qui me sont passé un peu haut. Je comprends mieux les notions de mécanique quantique, que celles de Zeitgeist, mais je n’ai pas décroché, et je suis peut-être un tout petit moins idiot maintenant.

Il semble qu’il ne passe rien et pourtant on est pris.

Pris par l’humour, la noirceur, l’optimisme souriant, même quand il sait parfaitement que tout va mal. Pris par ses personnages extraordinaires, tellement humains, tellement émouvants, tellement imparfaits, tellement surprenants.

Et quelle richesse ! Il y a tant de choses dans ce roman. Il y a l’acuité de son regard sur le show-biz et sur le grand cirque médiatique. Son analyse de ses mécanismes, de sa mégalomanie, de sa folie, son impact. Mais est-ce étonnant de la part de l’auteur de Jack Baron et de En direct ? 

Il y a une réflexion sur la littérature, et surtout sur la science-fiction. Une réflexion à la fois profonde et amusée, qui passe de l’humour à la déclaration d’amour, qui dresse un panorama historique de ce genre, qui met en scène ses grands noms, qui s’amuse à citer un certain Norman Spinrad que Dexter croise ici ou là … Qui sait se moquer des fans et de leur côté grotesque et pathétique, mais qui sait aussi leur rendre hommage. Qui sait dire la grandeur de l’écrivain de science-fiction, mais aussi sa mesquinerie, qui sait le décrire visionnaire et queutard, inspiré et imbibé. Qui sait flinguer les dérives d’un Hubbard, la soupe merdique de la grande majorité de la production, la prépondérance de la marchandisation la plus kitsch et la plus vulgaire sur la véritable création (ce qui n’a pas plu à tout le monde, le roman n’a, à ce jour, pas trouvé d’éditeur anglo-saxon). Mais qui sait aussi affirmer que c’est une littérature absolument nécessaire, qui ne saurait exister sans des lecteurs parfois ridicules, mais finalement sincères.

Pour finir il y a l’aveuglante évidence de son constat : l’humanité va à la catastrophe si rien de change maintenant … On le sait, d’autres l’ont dit, bien d’autres le diront. Peu le disent aussi bien.

Norman Spinrad / Il est parmi nous, (He walked among us) Fayard (2009), traduit de l’américain par Sylvie Denis et Roland C. Wagner.

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