Le grand retour d’Hervé Le Corre

En 2004, L’homme aux lèvres de saphir avait propulsé Hervé Le Corre sur le devant de la scène polar française (s’il existe une scène polar française). Ce magnifique roman avait révélé un auteur … dont on n’avait plus de nouvelles depuis. Il revient en pleine forme avec Les cœurs déchiquetés.

 Pierre Vilar est flic à Bordeaux. Depuis que son fils Pablo a été enlevé à la sortie de l’école, il ne vit plus, il survit. Depuis des années il cherche même s’il sait, mieux que quiconque, que c’est sans espoir.

Quelque part, dans la ville Victor découvre le corps sans vie de sa mère. Elle a été battue à mort. Pour cet adolescent qui vivait seul avec elle, c’est le monde qui s’écroule. Pierre Vilar est en charge de l’enquête. Une enquête étrange. Rapidement le meurtrier qu’il poursuit devient chasseur, s’en prend à lui, anticipe ses mouvements, et commence à jouer avec son espoir de retrouver Pablo. Le même homme paraît également en vouloir à Victor, placé dans une famille d’accueil dans le Médoc.

Hervé le Corre revient très fort avec ce nouveau roman et prouve à tous que L’homme aux lèvres de saphir n’était pas un coup d’éclat isolé mais qu’il avait bel et bien passé un cap. Il situe ce nouveau roman de nos jours dans la région de Bordeaux qu’il connaît parfaitement, changeant ainsi  de thématique, de décor et d’époque. Ce qui ne change pas, c’est la qualité de sa construction et de son écriture.

Le lecteur englué dans le récit ressent de façon intime l’absence atroce (que ce soit celle du fils ou celle de la mère), le manque, la solitude, mais également les quelques rares moments où la vie, malgré tout, reprend le dessus. Autant de sentiments exacerbés par la chaleur moite d’un été caniculaire qui accentue la sensation d’étouffement.

Avec les deux personnages on marche à la lisière de la folie, on passe de l’abattement à la rage. Au gré des chapitres, le lecteur va de Victor à Pierre Vilar, d’une solitude à l’autre, d’une révolte à l’autre … L’intrigue se construit, peu à peu, lentement, accélérant de façon insensible jusqu’à l’emballement final.

Très noir, le roman plonge au cœur des êtres, de façon intime et bouleversante. Mais cette plongée n’est jamais une façon de se couper du reste du monde. Le regard qu’ils portent sur ceux qui les entourent fait ressortir l’injustice sociale, la misère économique et culturelle, et la violence faite aux plus faibles, femmes seules et enfants. Sans jamais faire de discours moralisateurs, juste par la force de l’écriture.

En bref, vous l’aurez compris, une nouvelle réussite totale qui vient confirmer qu’Hervé Le Corre est aujourd’hui un des grands du roman noir en France.

Hervé Le Corre / Les cœurs déchiquetés Rivages/Thriller (2009)

 
 

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