Le retour de Pat Coyne, le Déjanté

Certains se souviennent peut-être d’un OVNI qui avait marqué, avec le premier roman de Louis-Ferdinand Despreez, les débuts de Rayon Noir, la collection polar de chez Phébus. Il s’agissait de Déjanté, de l’irlandais Hugo Hamilton. On y faisait connaissance avec un flic de Dublin complètement allumé.

Et bien il revient, dans Triste flic, et il ne s’est pas calmé. Revoilà donc Pat Coyne, flic irlandais de Dublin passablement … énervé. Rien ne va plus pour ce pauvre Pat. Depuis l’incendie où il a failli laisser sa peau, il est en congé maladie, sa femme l’a quitté, son fils déconne à plein tube, et surtout, surtout, les irlandais perdent la tête, tournent le dos à leur identité et se vautrent avec délice dans la consommation mondialisée et médiatisée. Un cauchemar pour Pat qui se sent garant de l’irlanditude de ses compatriotes. Alors Pat va se retrousser les manches, et tenter de redresser tout ça. Vaste programme.

Est-ce vraiment un polar ? Le fait de prendre pour personnage un flic (en arrêt maladie) et de le placer en permanence au bord de la rupture est-il suffisant pour en faire un roman noir ? Je laisse chacun juge de la réponse.

Mais finalement, on s’en fiche parce que c’est le pied. Pat Coyne est complètement cinglé, et absolument magnifique. Il fait tout de travers, ne résout rien, braille à tout va, s’indigne, picole, gesticule … Nous fait rire, et nous donne envie de pleurer. Difficile de dire par quel tour de passe-passe Hugo Hamilton arrive à rendre un tel cinglé aussi sympathique. Parce que, si on n’y regarde pas de très près, il pourrait être très antipathique ce Pat, à vouloir rester absolument comme au bon vieux temps, à vouloir protéger les irlandais des attaques contre l’irlanditude, à sembler refuser tout ce qui change, et tout ce qui vient d’ailleurs …

Mais, mais, mais … ce qui le fait bouillir c’est le bling, bling, la consumérisme effréné, les tics soi-disant identitaires portés comme autant de badges, la perte de valeurs communes hors l’argent, la vulgarité effrayante de l’affichage de la réussite financière … C’est pour cela qu’on l’aime. Et puis il est touchant et drôle, et il crie et fait ce qu’on pense parfois très fort et qu’on n’ose pas crier ou faire. Ce qui donne des scènes d’anthologie.

Alors certes, ne cherchez pas ici une intrigue finement construite. Pat de construit pas, il dynamite, il disperse, il ventile, il éparpille façon puzzle … Comme père, ami, frère ou voisin, il doit être absolument épuisant. Comme héros, il est jouissif. A lire donc, pour lutter contre la sinistrose.

Hugo Hamilton / Triste flic (Sad bastard, 1998), Phébus (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Katia Holmes.

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