Pratchett, encore et toujours

Il y a fort longtemps, dans la lointaine vallée de Koom, les nains perfides tendirent une embuscades à de braves trolls. A moins que ce ne soit l’inverse. Toujours est-il que le sang coula en abondance. Depuis les relations entre les deux races ne sont pas au beau fixe, et tous les ans, à la date anniversaire, les tensions se cristallisent. A priori, le commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpok, n’en a pas grand-chose à faire. Mais, mais …. Mais il y a de plus en plus de nains et de trolls dans sa bonne ville. Et dernièrement des grags (un équivalent de prêtres ?) nains particulièrement à cheval sur les écritures et la pureté de la nanitude sont arrivés en ville et auraient tendance à échauffer les esprits. Alors, quand un grag est trouvé mort dans un sous-sol, le crâne apparemment défoncé par un gourdin troll, la situation devient explosive.

Mais il est bien entendu inacceptable pour Vimaire qu’une vieille bataille, des rancoeurs idiotes et quelques superstitions viennent mettre sa ville à feu et à sang. L’assassin sera découvert, arrêté, et traduit en justice. Quelle que soit sa race, sa taille et ses croyances.

Quelque part dans l’ombre, une entité rôde et attend son heure. Ailleurs la vérité attend d’être révélée …

Je vais essayer de ne pas répéter ici toutes les généralités sur le génie de Terry Pratchett que j’avais déjà énoncées il y a peu.

Dire que ce roman tombe à pic dans la triste actualité du Moyen-Orient est un peu facile. Malheureusement, il serait tombé à pic à peu près n’importe quand, tant la description que fait Terry Pratchett du mécanisme du fondamentalisme religieux, de son aliénation, de sa capacité à émettre des messages simplistes et rassurants … est décalée, originale, loufoque, et implacablement juste.

On rit un peu moins dans Jeu de nains que dans d’autres épisodes de la série. Mais on rit quand même, malgré la gravité du sujet traité. Parce que, comme toujours, même si le sujet est grave, Pratchett ne pontifie jamais, ne se prend jamais au sérieux, commence par réutiliser et créer de vrais personnages, aussi allumés soient-ils, et par raconter une histoire dense, prenante, à laquelle on croit, qui fait trembler, rire ou pleurer, même si elle se déroule dans un monde en apparence totalement louf.

Parce que c’est tellement facile de rire du ridicule d’une guerre entre nains et trolls. Tellement facile de rire de leurs prétextes théologico-métaphysico-supersticieux ridicules ! Pensez donc, pour les fondementistes nains, la vie hors d’une mine n’existe pas, la lumière du jour est impure, et les femmes aussi ! Ridicule !! Et la nanitude impose de vivre sous terre et de creuser des galeries, même en ville. Grotesque !!!

Non ? On n’a rien comme ça chez nous, rassurez-moi.

Et puis ce commissaire qui, bien qu’apparemment équilibré, a envie de casser du nain, juste parce que trois ou quatre allumés, parmi les plus radicaux, s’en sont pris à sa famille. C’est d’un drôle. Et cette incompréhension totale, ces préjugés entre vampires et loups-garous, entre nains et trolls, entre les humains et les autres. J’en ris.

Parce qu’on ne va pas pleurer quand même. Surtout pas avec Pratchett.

Terry Pratchett / Jeu de nains (Thud, 2005), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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