Le retour de Gilles Bayonne

Suite des aventures de Gilles Bayonne dans Car voici que le jour vient le nouveau roman de Fabienne Ferrère.

Une nouvelle fois, Gilles Bayonne chevau-léger du roi est obligé d’obéir à Cheverny, le grand chancelier de Henry IV, qui menace sa famille. Au lieu de se trouver sur le champ de bataille comme il le souhaite, il est obligé de rester à Paris pour enquêter sur deux affaires. Une série de vols particulièrement audacieux et fructueux chez différents riches marchands, et surtout le meurtre sauvage d’un curé, retrouvé enfermé dans un tonneau et dévoré vif par des rats. A l’heure où les luttes sanglantes entre catholiques et protestants sont encore dans toutes les mémoires, un tel meurtre ne peut rester impuni. Accompagné du jeune Pique-Lune, Gilles Bayonne va devoir affronter un assassin particulièrement inventif et cruel, et garder ses arrières pour se protéger des espions de Cheverny et des commissaires du Châtelet qui voient d’un mauvais œil un soldat venir chasser sur leurs terres.

Nous retrouvons ici Gilles Bayonne, enquêteur dans Le chien du Diable. On attendait l’auteur au tournant, impatients de voir si elle allait pouvoir transformer un premier essai plus que prometteur. Alors ? Alors  … Essai transformé.

On retrouve la richesse de son univers, la qualité et l’érudition de son écriture qui nous plonge directement à la fin de ce XVI ° siècle. A ce sujet il faut avertir le lecteur. Car voici que le jour vient n’est pas un de ces romans historiques de plage, vite écrit, vite et facilement lu, encore plus vite oublié. C’est un roman exigeant, maniant une langue sans concession, qui fait la part belle à de vieille tournures et à un vocabulaire riche. Il faut un peu d’attention, une attention pleinement récompensée.

Quel plaisir de retrouver Gilles Bayonne, hanté par la mort de son frère qu’il n’a pas su prévenir, et un Pique-Lune picaresque en diable qui apporte un touche d’humour, même si lui-même vit avec de bien méchants souvenirs. Ils sont entourés d’une étonnante galerie de personnages secondaires, qui donnent toute sa chair à cette description d’un Paris sensuel ou sensoriel.

Sensuel et sensoriel car dans ce Paris du XVI, ça pue, on marche dans la fange et le sang, on jure, on se bagarre, on aime, on ripaille, on boit, on survit comme on peu, on crève souvent de faim. Dans les geôles du Chatelet, la torture est de mise (rassurez-vous pas de sensationnalisme ni de voyeurisme), et la majorité de la population vit dans une misère noire.

Plus qu’un roman historique, un vrai roman noir du XVI ° siècle, plein d’empathie pour ceux qui souffrent, les faibles, ceux sur qui tout le monde peut taper, en bref le peuple, et plus encore, les enfants du peuple. Mais sans misérabilisme, les victimes n’étant pas dépourvues de ressources et sachant, à l’occasion, rendre coup pour coup.

Comme l’ensemble est soutenu par un intrigue sans faille qui fait tourner les pages, l’essai est transformé comme je l’écrivais plus haut.

Fabienne Ferrère / Car voici que le jour vient, Denoël (2009).

PS. Dans ma note sur le premier roman je demandais si on pouvais avoir un peu plus de castagne. Il y en a un peu plus. Mais comme je suis très exigent, j’en voudrais encore un petit peu plus, s’il vous plait madame l’auteur …

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