Coming out : Ellroy coco ?

Exceptionnellement, je vais écrire deux billets sur un roman. Il se trouve aussi que c’est un roman exceptionnel. Il s’agit vous l’aurez deviné de Underworld USA de James Ellroy, l’événement de ce début d’année.

Un premier billet donc, pour planter le décor, suite demain, où je rentrerai dans le vif du sujet.

Avant toute chose, un petit résumé de mes « relations mouvementées » avec cet auteur, ou plutôt avec ses livres. Je suis tombé dans le polar avec Rivages, et deux auteurs, très différents, mais très talentueux Tony Hillerman et sa série navajo, et James Ellroy et Brown’s Requiem. Vous imaginez bien le choc. Choc qui ne s’est pas démenti avec la trilogie Lloyd Hopkins, et les premiers du Quatuor de LA.

Puis vint White Jazz, son parti pris stylistique, son écriture très scandée … J’ai eu beaucoup de mal à le terminer, en ai gardé une assez mauvaise impression. Et donc, honte à moi, je n’ai lu ni American tabloid, ni American Death Trip. Et là, je prends Underworld USA de plein fouet, après quelques années de sevrage ! C’est la gifle, l’ouragan dévastateur. Je n’ai pas encore terminé (mais presque), mais je sais une chose, je vais lire les deux premiers, dès que je trouve un peu de temps. Comme l’a fait avec une conscience professionnelle digne d’éloges l’ami Jeanjean.

Revenons à mon titre un rien provocateur. Ellroy facho, réac, raciste, misogyne, homophobe, crypto-facho … Le pauvre s’est vu affublé de tous les noms d’oiseaux. Je dis le pauvre, mais il y a bien contribué. Parce qu’en plus d’être un immense écrivain, c’est un vrai cabot, un showman et un provocateur né. Alors il en rajoute, fait son numéro de gros con réac dès qu’un journaliste pointe son nez. Et comme le journaliste en question, souvent (ou au moins parfois), ne lit pas ses bouquins, il en reste au personnage du clown, et voilà Ellroy étiqueté.

Pourtant … Pourtant. Ses flics sont réacs, racistes, phallocrates, homophobes … Ils sont surtout créés par un écrivain immensément talentueux, qui leur donne une vie, une réalité hors norme. Mais cela veut-il dire qu’il partage leurs valeurs ? Le raccourci est un peu rapide. Dès Brown’s Requiem, on a un personnage d’extrême droite qui n’est pas spécialement décrit comme un « héros ». Bien au contraire. La description de la corruption et de la violence de la police dans le quatuor de LA est sans pitié. Alors Ellroy facho ?

Les journalistes américains ont découvert avec stupéfaction à la sortie du dernier bouquin que le bonhomme était, peut-être, un peu plus complexe qu’ils ne le pensaient. J’en avais déjà parlé il y a quelques temps, à la suite d’un papier de Sarah Weinman. Je cite de nouveau :

« And here’s the biggest revelation of all: prepare to forget everything you think you know about James Ellroy’s politics. Those ugly facets of the macho persona he writes so well — the racism, misogyny and homophobia — might well have led you to believe Ellroy is so right-wing he makes George W. Bush look like a pinko. And that’s apparently what he wants us to think; he wilfully plays up to that reputation, describing his own views on his Facebook page as « reactionary ». But if a novel can give an insight into a writer’s true nature, then BLOOD’S A ROVER belies that public image. In these pages, Ellroy mercilessly examines the cost of fascism to man and society. ».

Sans en dire d’avantage sur le roman (j’y reviens demain), je peux vous dire que ceux qui prennent encore Ellroy pour un affreux d’extrême droite machiste vont avoir un choc ! Sachez seulement que le personnage central de ce dernier roman est une femme,  juive et communiste !

Et voici ce qu’on peut lire : « Les raids anti-Rouges. Les libertés individuelles suspendues, abrogées, écrasées, prohibées, supprimées. Les droits du Premier  amendement conchiés. Rafles politiquement motivées, emprisonnements sous de faux prétextes, expulsions selon le bon vouloir des autorités. Simultanément, résurgence des groupes anti-immigrants et du Klan. John Edgar Hoover mesura la force de la peur et l’exploita. »

Alors, Ellroy Coco ? Ce serait aussi stupide, bien entendu, que d’avoir prétendu, avant, qu’il était facho. Ellroy immense écrivain ? Sans le moindre doute. A demain.

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