Des nouvelles de Charles Willeford

Je ne sais pas si c’est une impression, ou si tout simplement je suis en train de passer à côté de pas mal de choses, mais on dirait qu’il y a un léger vide éditorial en ce tout début du mois de janvier, comme si tout le monde attendait que passe la vague Ellroy

Toujours est-il que j’ai profité de ce bref calme pour exhumer de ma pile un recueil de nouvelles qui y était depuis quelques mois. Un recueil d’un auteur que je connais assez mal, n’ayant lu que deux ou trois de ses romans. Il s’agit de La machine du pavillon 11 de Charles Willeford.

Jake Blake, metteur en scène de talent, se retrouve enfermé en asile, sans trop se rappeler pourquoi. Mais il y a un vague rapport avec la machine. Celle du pavillon 11.

Un producteur de télé, lui, se souvient parfaitement de Jake, de son talent, mais aussi de son intransigeance, clé de sa chute.

Avant d’être réalisateur, Jake fut soldat. Un soldat abandonné à sa propre folie, loin des hommes …

Ces nouvelles sont complétées par trois autres textes, originaux et totalement différents :

Lettre aux Alcooliques Anonymes, d’un humour très noir, commence par une descente aux enfers avant de se conclure, dans une pirouette magnifique par … Je ne peux révéler la chute qui vaut son pesant de charité …

Exactement comme à la télé ….  Tout est dit dans le titre, ou les infortunes, non pas de la vertu, mais de la crédulité. A la fois sombre et drôle.

L’électromancien est « plus classique », avec sa chute attendue, puis pas si attendue que ça … on frôle le fantastique pour virer résolument vers autre chose …

Six nouvelles donc, totalement différentes les unes de autres, même si les trois premières tournent autour du même personnage. Monologue, récit, interrogatoire, lettre … tous les styles d’écriture y passent, tous parfaitement adaptés au sujet.

J’ai un petit faible pour la deuxième qui, par la voix d’un producteur assez satisfait de lui, démonte en quelques pages d’une façon cynique et implacable le fonctionnement du cinéma et de la télévision considérés uniquement comme des industries. Et ce par un producteur qui, loin d’être inculte, sait être sensible à l’art et au talent, et sait s’asseoir dessus s’ils ne sont pas rentables. Quitte à briser un homme. Impeccable.

Un faible aussi pour l’humour vachard et réjouissant de la lettre aux AA et de l’interrogatoire jubilatoire de Exactement comme à la télé ….

En bref, un excellent recueil, pour se faire une idée du talent de cet auteur, et donner envie d’attaquer ses romans. J’avais précédemment adoré La messe noire du frère Spinger.

Charles Willeford / La machine du pavillon 11  (The machine in ward eleven, 1961), Rivages/Noir (2009), Traduit de l’américain par Christophe Mercier.

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