Histoire de (fausse) blonde.

Un vaste débat agite sporadiquement le petit monde des lecteurs de polars : jusqu’où peut-on aller dans l’imaginaire quand on pratique une littérature réputée se colleter avec le quotidien, décrire la réalité, dire la vérité. Avec The Blonde, Duane Swierczynski répond : On peut aller jusqu’où on veut, à condition d’être cohérent. Suivez le guide :

Tout va mal pour Jack Eisley :

1. Il se trouve à l’aéroport de Philadelphie parce qu’il a rendez-vous, le lendemain, avec l’avocat de son ex femme pour régler le divorce.

2. La jolie bonde assise à côté de lui au bar vient de lui annoncer qu’elle a mis du poison dans son verre, et que sa seule chance de survivre est de l’inviter dans sa chambre d’hôtel. Jack n’a rien contre la drague féminine, mais il trouve le coup un peu lourd, et plaque là la demoiselle.

3. Une heure plus tard il commence à vomir tripes et boyaux …

Et vous pensez que ça va mal ?

Détrompez-vous, ce n’est rien à côté de ce qui attend Jack au cours de la nuit à venir … car Jack va croiser la route de Mike Kowalski, tueur d’une agence gouvernementale archi secrète qui, à ses moments perdus, fait des cartons sur les mafieux de Philadelphie.

Et pour couronner l’affaire, la blonde (qui n’en est pas une) est infestée de nano-machins qui lui feront sauter la cervelle si elle se trouve plus de dix secondes à plus de trois mètres d’un autre être humain

C’est bon, vous suivez ? Alors attachez la ceinture, c’est parti pour une nuit agitée.

Revenons à ce que je disais tout en haut, et sur l’importance de la vraisemblance et de la cohérence.

Le point de départ (la donzelle est contaminée par les nano machins) est totalement invraisemblable. Si vous refusez absolument de lire quoi que ce soit basé sur un concept aussi farfelu, si vous êtes un fervent partisan du réalisme, si la fantaisie vous semble une perte de temps, passez votre chemin.

Pour ceux qui restent, à partir de là, la suite est parfaitement cohérente. L’auteur tire sur la ficelle, et déroule toute la pelote. Et bien entendu, le lecteur suit. Il suit même à toute berzingue, parce que ça va à fond, tout le temps, sans une seconde de répit (ce qui, il est vrai, ne laisse guère de temps mort pour se reposer la question de la vraisemblance).

On finit essoufflé et ravi, enchanté par une lecture complètement déjantée et complètement réjouissante. Ce n’est pas le roman de l’année, mais c’est assurément un très bon moment de lecture. Certaines scènes, d’anthologie, resteront dans les mémoires, et on ne peut qu’être admiratif devant cet exercice de haute voltige. Le final, d’une immoralité rafraîchissante, est la parfaite cerise sur ce magnifique gâteau.

Duane Swierczynski / The Blonde  (The blonde, 2006), Rivages/Noir (2010), Traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

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