Le Lower East Side de Richard Price

Souvenez-vous de moi de Richard Price.

New York. Eric Cash avait des ambitions artistiques. En attendant qu’elles se concrétisent, il gère un restaurant dans le Lower East Side. Ce soir là il part faire une virée avec deux compagnons de beuverie, acteurs frustrés eux aussi.

Little Dab et Tristan végètent dans leur cité, en bordure du Lower East Side. Aucun avenir, aucun espoir, sinon celui de gagner rapidement de l’argent en dépouillant quelqu’un et en se lançant dans le trafic de drogue. Ce soir là, ils partent en chasse.

Matty Clark est flic, dans le Lower East Side. Le soir il arrondit ses fins de mois en assurant la sécurité d’un bar. Il a complètement perdu le contact avec son ex et ses deux fils. Il est cinq heures, il rentre chez lui, quand il est appelé : Un jeune homme, blanc, qui rentrait après une soirée trop arrosée a été abattu par un jeune, noir ou latino, qui a pris la fuite avec son complice …

Je ne suis pas le premier, loin de là, à dire du bien de ce dernier roman de Richard Price. J’ai lu, ça et là de nombreuses références à Pelecanos. Pour ma part, c’est plutôt à Ed McBain qu’il m’a fait penser. Essentiellement par sa façon de manier les dialogues, et plus particulièrement les interrogatoires. Mais trêve de comparaison, revenons à nos moutons.

Richard Price s’intéresse aux gens ordinaires : flics de quartier, gérant et serveurs de restau, gamins des cités, immigrés asiatiques surexploités … Il leur donne la parole à tous. C’est au travers de ses dialogues extraordinaires qu’on les découvre, les uns et les autres, et que l’intrigue avance. Des dialogues qui plongent le lecteur dans leur quotidien, lui fait partager leurs problèmes, leurs espoirs, leurs peines … Et surtout la difficulté qu’ils ont à communiquer.

Car c’est le tour de force de ce roman d’avancer à coups de dialogues pour mettre, finalement, en avant l’incapacité à communiquer de différents groupes qui se côtoient sans se comprendre. C’est à travers les dialogues que l’on perçoit ces différents groupes, qu’on sent à quel point chacun est renfermé sur lui-même. C’est à travers ces dialogues que les différents personnages se parlent tant, pour se comprendre si peu. Même (et surtout ?) à l’intérieur d’une même famille.

Le constat de Richard Price est rude, on parle de plus en plus de communication, les media sont partout, tout le monde sait tout sur tous, et on ne s’est jamais aussi mal compris et connus.

A lire et à méditer.

A signaler enfin : Le roman démarre de façon magistrale en suivant une ronde de quatre flics de la brigade « Qualité de vie » ! Dès ce premier chapitre, tout est dit, et de quelle façon.

Richard Price / Souvenez-vous de moi (Lush life, 2008), Presses de la cité (2009), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

PS. J’ai cherché un moment pourquoi le titre anglais, Lush Life me disait quelque chose. C’est une composition de Billy Strayhorn (bras droit d’Ellington)  jouée, entre autres, par l’incontournable John Coltrane a enregistré une version.

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