D’amour et d’eau lourde

Ca devient une habitude. Il y en a de mauvaises, voire détestables, comme le beaujolais nouveau. Il y en a d’excellentes, comme le Chainas nouveau. 2010 est un grand crû. Un de plus. Il a petit nom : Une histoire d’amour radioactive.

DRH est cadre, et content de l’être. Il bosse comme un con, ne connaît plus son fils, de moins en moins sa femme. DRH s’investit à fond dans un boulot qui consiste à manipuler des chiffres qui se transformeront, quelque part, en employés virés. DRH est malade, mais il ne le sait pas encore. DRH va rencontrer une mystérieuse artiste qui va lui révéler sa maladie. Et le vide de sa vie.

Le capitaine Javier, et le lieutenant Gérard Plancher sont flics, et amoureux. Comme l’homosexualité se porte mal dans le police, ils cachent leur amour. Ils enquêtent sur une vague de suicides. Des hommes aisés, en phase terminale, qui ont choisi de se donner la mort plutôt que de souffrir jusqu’au bout. Tous avaient, juste avant leur maladie, rencontré une artiste … mystérieuse.

Notre société va mal, très mal. De nombreux auteurs de polar le disent. Aucun ne le dit comme Antoine Chainas. Difficile de rendre de façon plus éblouissante le vide, l’inutilité, l’inhumanité d’une vie « moderne » et aisée. Difficile d’écrire de façon aussi évidente le refus du corps, de l’organique, de l’humain, l’aliénation par le travail mais aussi par toutes les « valeurs » qui nous sont assénées, matraquées, au point de nous les faire percevoir comme évidentes. Difficile de rendre plus palpable la maladie, la trouille de la souffrance, la peur de tout ce qui suinte, de ce qui nous bouffe.

Et tout ça au service d’une histoire d’amour flamboyante, racontée avec un sens du rythme impeccable (à ce propos, l’accélération des changements de points de vue dans le final est magistrale).

C’est donc le nouveau Chainas, différent parce que c’est une histoire d’amour, parce qu’il n’avait jamais jusque là autant suscité l’empathie du lecteur pour un personnage. Mais pas si différent tant on retrouve ses thématiques. Rapport au corps, au sexe, à la douleur, interrogations sur la déliquescence de notre société. Et ses « procédés » : encore un flic, encore une ville sans repère, sans nom, délocalisée, encore une enquête aux marges de la société …

Un bouquin qu’on referme sonné, secoué, ému, très ému, pleins de questions, sans aucune réponse.

Antoine Chainas / Une histoire d’amour radioactive, Série Noire (2010).

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