Des nouvelles de James Lee Burke.

Je continue à lire des nouvelles. Il ne s’agit pas, cette fois, d’un collectif, mais du recueil de textes de James Lee Burke publié chez Rivages : Jésus prend la mer.

Neuf nouvelles, sans Dave Robicheaux, mais avec la Louisiane et le Montana ; entre autres :

Lumière d’hiver et Une saison de regret, les deux situées dans le Montana, tournent autour de la même idée, très robichienne (ça se dit robichienne ?) de ce qu’un homme peut accepter, et de ce face à quoi il se doit de se dresser, inébranlable, pour pouvoir garder l’estime de soi, indépendamment du danger couru. Une sorte de rempart contre la barbarie et l’arbitraire. Assorti d’une réflexion sur la propension à la violence (une thématique là encore très robichienne). Deux nouvelles à propos d’hommes solitaires, vivant en marge (géographiquement) de la société des hommes, près d’une nature fascinante, mais n’ayant pas pour autant renoncé à leur humanité, ni même à leur humanisme.

Le soir où Johnny Ace est mort est une histoire d’amour, d’amitié et de musique, se déroulant dans le sud profond au moment où naissait un musique appelée Rock & Roll … Loin d’une quelconque mythification de l’époque, c’est au contraire un récit rugueux, sans complaisance : « Quand on se mettait à dos les mauvaises personnes, on n’avait plus qu’à jouer de la guitare dans la rue, ou à se crever les yeux pour rejoindre les Five Blind Boys ».

Les six autres nouvelles : Les hommes de l’eau, Brume, Mauvaises intentions, Le drapeau brûlé, Comment Bugsy Siegel est devenu un ami à moi et, Jésus prend la mer pourraient presque être des chapitres d’un roman de la série Robicheaux.

On y trouve des gamins de milieux populaires qui tentent de survivre, dans des temps troublés, en conservant quelques valeurs fondamentales léguées par leurs pères ; des hommes marqués par la guerre (que ce soit la deuxième guerre mondiale ou le Vietnam) ; des victimes d’un passé lourd qui n’arrivent pas à se dépêtrer des chaînes de la drogue et de l’alcool … Tous ces personnages qu’il aime, qu’il sait si bien décrire, et que Dave croise au tournant d’une rue de New Iberia ou de la Nouvelle Orléans. En quelques pages, il leur donne vie, et nous fait partager leur existence, le temps d’une nouvelle.

Tranches d’existence plutôt que nouvelles « à chute », James Lee Burke y déploie son talent exceptionnel pour décrire les paysages et les hommes qu’il aime.

Jésus prend la mer, qui clôt le recueil, se situe après le passage de Katrina (dont l’effet dévastateur est aussi en toile de fond de Brume), se conclue ainsi : « Je n’ai qu’un regret. Personne ne s’est donné la peine de nous expliquer pourquoi on nous a laissé tomber. […] Mais avec des compagnons de voyage pareil – Jésus, Miles, et puis Tony qui nous attend quelque part sur le chemin -, je pars en paix avec le monde. »

Trouver cette paix, c’est tout ce que l’on souhaite aux personnages magnifiques de James Lee Burke.

James Lee Burke / Jésus prend la mer (Jesus out to sea, 2007), Rivages (2010), Traduit de l’américain par Olivier Deparis.

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