Eloge (japonais) de la paresse.

Je ne suis pas un fan des romans à énigme. Ni un grand admirateur de Holmes, Rouletabille, et autres Poirot, même s’ils m’ont offert de belles heures de lecture il y a bien des années. Mais de temps en temps … Et puis là, il s’agissait d’un auteur japonais, traduit pour la première fois en France. De quoi exciter notre curiosité. Voici donc, en provenance du pays du soleil levant, Tokyo Zodiac Murders de Soji Shimada.

Les Holmes et Watson japonais se nomment Mitarai et Ishioka. Mitarai est un dilettante. Astrologue, détective déductif, aimant par-dessus tout la tranquillité … Il est interpelé par une affaire vieille de plus de quarante ans : En 1936, Heikichi Umezawa, vieux peintre misanthrope est assassiné dans son atelier. Un atelier dont la porte est fermée de l’intérieur et dont les fenêtres sont protégées par des grilles. Près du cadavre, un texte, où la victime décrivait son fantasme : fabriquer en suivant les principes astrologiques Azoth, la femme idéale. Pour les morceaux, facile, les filles vivant sous son toit les fourniraient. Quelques jours plus tard, la fille aîné de sa seconde femme est violée et tuée chez elle. Puis ce sont les cadavres incomplets des six filles sensées composer Azoth qui sont trouvés, un peu partout dans le pays. L’affaire du tueur du zodiac est née. Elle va passionner le Japon jusqu’à cette année 1979 où une femme vient apporter un document inédit à Mitarai …

Je ne suis toujours pas un fan de ce style de roman, et je n’en lirais pas tous les jours. Mais je me suis quand même bien amusé. Parce que l’auteur, tout en écrivant un roman dans la grande tradition, a réussi également à écrire un roman totalement original.

De la tradition nous avons tous les éléments : un détective génial, son assistant faire-valoir, un meurtre en chambre close, un soupçon d’astrologie (pour rire), des déductions, des schémas, un final avec présentation de la solution devant les intéressés …

Totalement original à plus d’un titre : Tout d’abord nous ne sommes pas en Angleterre mais au Japon, un pays décrit dans son évolution de 1936 à la fin des années 70. Egalement parce qu’aux mystères « classiques » l’auteur associe le thème moderne du serial killer. Son détective est totalement décalé, hors norme. Non pas qu’il soit cocaïnomane, alcoolique … ou autre, de ceux là, on en a des wagons. Non il est bien plus étrange, surtout pour un japonais : figurez-vous que moins il travaille, moins il est connu, plus il est content. Il déteste avoir des obligations, devoir se lever alors qu’il a envie de rester au lit, et gagner de l’argent l’indiffère totalement. Travailler moins pour vivre mieux en quelque sorte.

Autre originalité, l’auteur interpelle directement le lecteur, le mettant au défi :

« Défi lancé au lecteur […] Il va sans dire que vous êtes désormais en possession de tous les éléments nécessaires. N’oubliez pas que la clé de l’énigme est limpide et qu’elle se trouve juste sous votre nez » (page 282).

Et plus loin : « Le second défi […] Nous avons maintenant un indice grossier […] Je suis pourtant sûr qu’un grand nombre de lecteurs restent encore dans l’incompréhension […] C’est pourquoi je lance mon second défi : qui est donc ,%%µ**** ? » (page 298).

Pour finir, la liberté de ton, en particulier dans les dialogues, est très moderne, ce qui crée un contraste plaisant avec la thématique. Pour vous donner un exemple, voici comment Mitarai l’iconoclaste ose parler de son illustrissime prédécesseur : « Holmes nous est présenté comme le roi du déguisement. Une perruque et des sourcils blancs, une ombrelle et le voilà qui traverse la ville déguisé en vieille femme. Tu sais combien mesurait Holmes ? Plus de six pieds, soit quasiment un mètre quatre-vingt-dix ! Tu imagines des gens qui se disent : « Tiens, voilà une petite vieille d’un mètre quatre-vingt-dix » ? Un monstre, oui ! En fait les gens devaient se dire : « Tiens, voilà ce pitre de Holmes, encore déguisé en bonne femme ! » Seul Watson se laissait avoir. »

En bref, une excellente récréation pour les amateurs de logique qui ne dédaignent pas une pointe d’humour et un filet d’exotisme.

Soji Shimada / Tokyo Zodiac Murders  (Senseijutsu satsujinjiken, 1987), Rivages/Thriller (2010), Traduit du japonais par Daniel Hadida.

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