Le nageur de Lorent Idir

J’ai été un peu absent ces jours-ci, en vadrouille et occupé à mille choses loin des bouquins. Mais me revoilà, avec une tâche difficile. Car il est difficile de parler de ce livre, Un nageur en plein ciel de Lorent Idir. Difficile tant il est différent, inclassable et même parfois d’un abord déroutant. Je vais essayer quand même.

Il y a Amar, dix ans. Amar qui travaille parfois sur les chantiers avec son père, harki, qui fait payer aux siens son impossibilité à se sentir intégrer en France. Amar voit sa mère se faire frapper, ses sœurs subir l’innommable. Alors Amar se révolte, avec ses maigres forces. Et il grandit, vaille que vaille, à l’ombre de ce père gigantesque, admiré et haï. Un père qui retourne vers les siens sa haine de lui, la violence et le mépris qu’il subit au dehors. Parce que chez lui, et chez lui uniquement, il est le Maître.

Et puis, trente ans plus tard, il y a Lorent le neveu d’Amar. On retrouve au chevet de Noria, sa mère, la sœur ainé d’Amar, mourante. L’occasion de se souvenir, et de voir son oncle. Et de compatir ensemble à la souffrance de Noria. Noria à qui ils doivent tant tous les deux.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un polar, pas même un roman noir. Pas sûr que ce soit seulement un roman … Plutôt une chronique, des moments de vie plus qu’un récit structuré. Il faut faire l’effort de rentrer dans le rythme haché et déstructuré de la narration pour, finalement, se laisser submerger par l’émotion et l’horreur.

Et l’auteur ne nous facilite pas la tâche. Au moment où le lecteur s’attache à Amar, commence à la sentir, à comprendre où il va, il change de ton, de style, de narrateur pour passer à Lorent. Et le « travail » est à refaire. Pour une autre émotion cette fois, plus proche de la tristesse, de la nostalgie, loin de la rage et de l’horreur que l’on vit avec Amar.

Les deux moments du livre se répondent, sans réelle progression narrative mais avec un véritable écho. Ils demandent un véritable effort de lecture, au début. La récompense est une émotion forte, et le plaisir d’être entré dans cet univers singulier, d’avoir savouré une écriture autre.

Lorent Idir / Un nageur en plein ciel, Rivages/Noir (2010).

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