L’espion qui aimait

Du solide, du beau travail, fait main … Traîtrises, du britannique Charles Cumming.

Hong Kong à quelques mois de sa rétrocession à la Chine. L’endroit grouille de diplomates, de curieux, de journalistes … et d’espions. Joe Lennox est l’un d’eux. Jeune, anglais, grand connaisseur de la Chine, il est promis à un brillant avenir. Comble du bonheur, il est éperdument amoureux de la belle Isabelle. Quand le professeur Wang parvient à trouver refuge dans l’enclave britannique après avoir, malgré son âge, traversé un dangereux détroit à la nage, Joe pense qu’il a là une occasion en or. Curieusement, alors qu’il n’a pu interviewer le transfuge qu’une poignée d’heures, ce dernier est littéralement enlevé par son supérieur de connivence avec Miles Coolidge, ami de Joe, émargeant à la CIA. Joe commence alors à se méfier de Miles. Jusqu’au jour de la passation de pouvoir, où Miles manœuvre pour lui enlever la femme de sa vie. Sept ans plus tard, Joe aura l’occasion de prendre sa revanche en démasquant le complot ahurissant mené par l’américain et quelques faucons du Pentagone visant à déstabiliser la Chine.

Le roman d’espionnage est bien une spécialité britannique. Cet écossais, qui si l’on en croit la quatrième de couverture sait de quoi il cause, en est une nouvelle démonstration. Certes on peut peut-être chipoter en disant que l’écriture n’est pas d’une folle originalité. Mais force est de reconnaître que, à l’image du maître Le Carré, ou d’un Henry Porter, Charles Cumming excelle dans l’art de nous faire vivre le monde de l’espionnage de l’intérieur. Interview de transfuge, filatures, mesures de précautions, rendez-vous tordus, fabrication de couvertures … tout y est, tout sonne vrai.

Même choses pour les personnages bien campés, crédibles, attachants ou agaçants, en un mot, vrais. Et puis il y a le fond, avec cette passionnante description des manigances américaines et britanniques autour de la Chine : cynisme absolu des décisions, poids grandissant de l’argent et des grosses firmes, utilisation des hommes comme des pions …

La période considérée, entre le changement de statu de Hong Kong et la préparation des JO de Pékin, avec une Chine de plus en plus arrogante, des services d’espionnages américains complètement désorganisés par le 11 septembre, et les doutes, pour ne pas dire plus, des services secrets anglais quant à la justification de la guerre en Irak, est particulièrement riche, et propice à de multiples surprises et rebondissements.

Pour finir, on a droit à une belle description de l’orient réel et fantasmé, d’hier et d’aujourd’hui, vu au travers des yeux d’un européen. Bref, une réussite.

Charles Cumming / Traitrises  (Typhoon, 2010), Le Masque (2010), Traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj.

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