Loisel

Voilà, en attendant que j’arrive péniblement à terminer un polar sur lequel je rame ferme (mais ce n’est pas que sa faute, j’y reviens bientôt), je me suis fait plaisir avec quelques Loisel.

Etonnant comme cet homme peut être à l’aise dans des univers aussi différents que la campagne québécoise dans les années 20 (Magasin général avec Tripp), un grand classique de la littérature populaire (Peter Pan), ou la fantasy la plus débridée et la plus inventive, en particulier au niveau des personnages (La quête de l’oiseau du temps avec Letendre).

Ce qui fait l’unité de ces univers, mis à part la patte du dessinateur que l’on reconnait aisément, c’est la grande tendresse avec laquelle il aborde ses personnages. Car si on trouve quelques beaux affreux (il faut bien pour qu’il y ait du sport), il crée surtout des personnages extrêmement humains, avec leur défauts, leur côtés ridicules … mais aussi des qualités qui, le lecteur le sent bien, les font aimer par leur créateur.

Voyez la suite de La quête de l’oiseau du temps. Une princesse un poil égoïste, mais si belle, un jeune homme en quête de gloire un peu tout fou, un peu hâbleur, un peu grande gueule, mais qui s’humanise, se patine, devient de plus en plus attachant. Des seconds rôles avec des trognes, souvent faibles, parfois tricheurs, râleurs, voleurs … mais qui se révèlent toujours dans les moments critiques. Le dernier tome en date, La voie du Rige, est en outre parfaitement cadencé, avec ce personnage mythique, sorte de samouraï à la silhouette impressionnante, dont on entend parler longtemps … avant qu’il n’apparaisse enfin, de façon spectaculaire et dramatique, à l’image de sa légende. Bref, une réussite qui ne se dément pas, même après huit albums.

Mais c’est dans la série Magasin général que sa tendresse et son humanité sont les plus flagrantes. Une village paumé, où tout le monde connaît tout le monde, sait tout de tout le monde, où le curé est la figure de l’autorité, où la religion et la nature dictent toutes les conduites … Un village coupé du reste du monde … Avec un tel point de départ, Jim Thompson, Harry Crews et quelques autres ont écrit des chef-d’œuvre du roman noir. Des romans sombres, désespérés, poignants … Pueblo chico, infierno grande disent les espagnols.

Loisel et Tripp ont choisi, à partir du même matériau, de nous offrir une chronique tendre, douce amère, belle … humaine. Sans pour autant cacher les travers, le poids de la religion, la connerie, l’ignorance, la jalousie … Juste en faisant toujours (ou presque) pencher la balance du « bon » côté au moment de résoudre les conflits. Les personnages ne sont pas des anges, ce sont même les même ou presque que chez Thompson et Crews, à peine un peu moins égoïstes, à peine un peu moins cupides. Et c’est ce à peine qui fait tout basculer.

Une très belle série, qui fait du bien et redonne le sourire, avant de replonger …

Loisel et Tripp / Magasin général Tomes I à V, Casterman.

Loisel et Letendre / La quête de l’oiseau du temps / La voie du Rige (Tome 8), Dargaud (2010)

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