Ma tonkiki, ma tonkiki …

La collection Noire d’histoire des éditions TME nous a déjà offert l’excellent Rendez-vous au 10 avril de Benoit Séverac. Jan Thirion contourne légèrement la ligne éditoriale (qui s’intéresse à des romans noirs historiques mettant en avant des régions de France) en nous proposant sa Soupe tonkinoise qui se passe dans une partie du monde qui fut, un temps, annexée par notre beau pays.

Hanoï 1910. La vie est belle pour le colons français, moins pour les indigènes … Depuis quelques mois les corps décapités de jeunes femmes, souvent des prostituées, sont retrouvés le matin dans la rue. Les autorités françaises s’en foutent. Des morts sans importance. Par contre, quand le lieutenant Lamourette n’apparaît pas à la fête d’anniversaire de son supérieur, le colonel Manchecol, et que chez lui on trouve ses boys blessés ou tués, la grande muette s’inquiète. Et charge l’ex gendarme Hélie Auguste Thirion de retrouver le beau militaire, mais surtout, sans faire de vagues. Bien entendu, des vagues, il va y en avoir, et des grosses.

Commençons par le style et le parti pris de l’auteur. Comme dans ses romans précédents, il installe dès l’abord une distance entre le lecteur et les personnages. Impossible de s’identifier à cet enquêteur, impossible de l’aimer ou de le détester, de le mépriser ou de le plaindre. C’est voulu, Jan Thirion ne veut pas d’empathie (du moins s’il n’a pas changé de point de vue depuis la dernière fois où nous avions échangé sur le sujet). On aime, ou pas, mais on ne peut que reconnaître que ce choix est assumé, et parfaitement cohérent tout le long de son œuvre.

L’intrigue, comme toujours chez Jan Thirion, est bien menée. Et sur le fond, cette Soupe tonkinoise est une bien belle reconstitution historique. Peu à peu la cruauté, l’arbitraire, l’absurdité, l’injustice de ce régime colonial sont révélés, sans jugement, juste en exposant des faits, en racontant des histoires. Et le lecteur effaré (effaré quand il ne savait trop rien de cette colonisation lointaine, comme moi), découvre les petites et grandes horreurs quotidiennes que devaient subir les habitants.

Jan Thirion / Soupe tonkinoise, TME (2010).

PS. Si Jan passe par ici, il pourra peut-être nous dire si le patronyme de son héros est un hommage à un lointain parent …

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