Retour à la SF avec Michael Flynn

L’été … Permet aussi de revenir à un genre que j’ai beaucoup lu à une époque, et que j’ai abandonné, par manque de temps, et pour cause d’avalanche de polars. A savoir la SF. Donc d’ici début septembre vous aurez aussi droit à quelques chroniques SF, en commençant par cet excellentissime bouquin conseillé par l’inégalable Cathie – les toulousains savent de qui je cause – : Eifelheim, de Michael Flynn.

1348, Oberhochwald, forêt noire. Le père Dietrich est un érudit, qui a croisé les esprits les plus affutés de l’époque à Paris. Suite à des événements sanglants qu’il essaie d’oublier, il est venu s’enterrer comme curé de ce petit village oublié. Au cœur de l’été, un cataclysme semble s’abattre sur le village. Quelques jours plus tard une évidence s’impose à tous : des démons se sont installés dans la forêt qui borde le village. Des sortes de sauterelles géantes. Dietrich pense que ce sont quand même des âmes qu’il faut sauver. Eux, peu à peu, décryptent l’allemand et prétendent venir des étoiles …

Aujourd’hui (ou peut-être demain), Tom, historien, ne comprend pas pourquoi, de jour au lendemain, le village d’Eifelheim a été déserté pour être à jamais considéré comme un lieu maudit. Sa compagne, physicienne de haute volée, est sur le point de mettre la doigt sur une théorie qui expliquerait la variation de la vitesse de la lumière, unifierait toutes les forces, et rendrait toute sa complexité à notre univers. Le hasard, leur cohabitation … cela va permettre l’incroyable découverte.

Cinq cent pages d’intelligence, d’érudition, d’improbable rendu possible … et d’émotion.

Des discussions théologiques du Moyen-âge à des considérations sur la physique théorique la plus avancée, en passant sur des analyses historiques brillantes. Et tout ça sans jamais donner de leçon ou perdre le lecteur. Cela paraît impossible, et pourtant Michael Flynn l’a réussi dans ce roman magistral. On en ressort bluffé, soufflé, avec l’impression d’être moins bête.

Moins bête parce qu’on a appris des choses en physique, en histoire, et surtout, pour ma part, parce que ce roman change complètement la vision que je pouvais avoir du Moyen-âge. Une époque que l’on pense (du moins quand on s’y intéresse peu), obscurantiste, étouffée par la chape de plomb de la religion toute puissante … Et que l’on découvre dans ce roman beaucoup plus ouverte.

Ce qui devrait être évident si on prend la peine de réfléchir deux secondes. Jusqu’en 1492 et la reconquête, l’Andalousie, pour ne prendre que cet exemple, fut un lieu unique d’échange, de réflexion, où les trois religions cohabitaient. On découvre ici l’ampleur, la profondeur des débats qui agitaient le monde chrétien, la curiosité de ses érudits, leur ouverture d’esprit même, une fois l’existence d’un Dieu, là-haut, mais tout là-haut, très très haut, laissant toute liberté pour discuter des « principes naturels ».

Mais ce n’est pas tout (sinon, on serait face à un essai, brillant peut-être, mais simplement brillant). Ce n’est pas tout parce qu’il y a l’histoire, les personnages, une façon magistrale de nous faire vibrer pour ces grandes sauterelles ou pour les doutes de ce curé comme on aimerait en voir un peu plus de nos jours. Il y a le talent de Flynn nous faire comprendre ces hommes du Moyen-âge avec lesquels nous avons, finalement, moins de références culturelles communes qu’avec les « démons ».

Et puis il y a l’émotion, l’horreur des pages sur la peste, le sentiment de perte, les prémisses d’une compréhension et même d’une amitié … Un très grand roman.

Michael Flynn / Eifelheim  (Eifelheim, 2006), Robert Laffont / Ailleurs et Demain (2008), Traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque.

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