Syn, trappeur du futur.

Continuons dans les lendemains d’apocalypse avec encore un conseil de la grande Cathie de Toulouse : Cygnis de Vincent Gessler.

« Le deuil s’enracine sur cette terre où nous marchons, toujours en rond. Il y a quelque chose d’irréductible dans la déchirure de la perte, dans l’amour blessé qui ne veut plus se découvrir. Une amertume qui en appelle aux larmes, aux mots muets, aux mots hurlés.  […]

La mémoire s’estompe, les vies passent, les noms se perdent dans l’oubli : On invente des histoires.

Un homme devient un héros.

Les paroles crépitent au coin du feu, les noms changent, comme les mots. De bouche à bouche, de murmure à murmure, l’histoire se transforme en légende.

Le héros devient titan.

Les contes se déclinent et s’écoutent en silence. Il ne reste des origines qu’un squelette blanchi par les mots.

Un rêve.

Une histoire. »

Voilà, c’est l’ouverture, vous êtes dans le bain :

Le monde d’après la catastrophe. Les hommes ont fini par s’entretuer. Ils ont quand même survécu, en communautés, dans des ilots isolés, entourés d’immenses forêts. Syn ne fait partie d’aucun groupe, c’est un trappeur. Accompagné de son loup à moitié synthétique il chasse. Des animaux pour leur peau, mais aussi des diasols, ces machines androïdes qu’il tue et à qui il prend ensuite la petite boite noire qu’il trouve dans leur crane et le précieux fil métallique qui vaut bien plus cher que toutes les fourrures du monde. Cette fois, à son arrivée dans la ville de Méandre, la guerre est proche, contre les troglodytes voisins. Mais Syn a déjà tué à la guerre et ne compte pas participer à celle-là. Il voudrait même l’éviter.

Tout près, juste sous la surface, l’épouvantail rôde et attend son heure …

Superbe roman, tout en poésie, qui arrive à nous faire ressentir en profondeur l’humanité de ce solitaire magnifique. Des descriptions de toute beauté, des décors que l’on découvre au fil du texte et qui prennent chair, odeur, sons … C’est avant tout cela que Cygnis.

C’est aussi un très belle histoire, contée au coin du feu, que l’on suit avec passion. C’est, comme toute la SF post-apocalyptique, une mise en garde, comme un avertissement qui arriverait déjà trop tard.

Il y a de l’action, du suspense, de l’amour, de grands sentiments, des coups de théâtre. C’est tendre et âpre à la fois, lumineux et sombre, optimiste et sans illusion … Intensément humain. Un très beau premier roman (si j’ai bien compris) et assurément un auteur à suivre.

Vincent Gessler / Cygnis, L’Atalante/La dentelle du cygne (2010).

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