Carlo Lucarelli dans les colonies.

Ca y est, c’est la rentrée. Il y aura bien encore quelques lectures au parfum de vacances, mais avec La huitième vibration de Carlo Lucarelli, c’est le début de l’avalanche de septembre. Un début atypique, étonnant et passionnant.

Fin du XIX°, colonie italienne d’Erythrée. Leo rêve de transformer les hauts plateaux en paradis, il est prêt à investir sa fortune pour le faire. Serra, brigadier des carabiniers, s’est mis en congé et s’est engagé dans l’armée coloniale pour poursuivre un tueur d’enfants protégé par sa naissance et ses relations très haut placées. Vittorio, commis colonial, est un rouage dans la grande magouille qui fait disparaître des fournitures qui n’existent pas (mais qui ont été payées). Cristina, épouse de Leo, est prête à tout pour qu’ils ne dilapide pas sa fortune. Le lieutenant Amara rêve de devenir un héros. Pasolini, anarchiste enrôlé de force veut porter la révolution dans les colonies. Sciortino, paysan des Abruzzes, ne sait pas vraiment ce qu’il fait là … Ahmed est employé de Vittorio. Aïcha, la chienne noire, va et vient, nue et libre … Et là bas, du côté des plateaux, l’armée du Négus grandit, menaçante. Dans la chaleur et la lumière éblouissante, ils vont tous rencontrer leur destin.

Autant le dire tout de suite, La huitième vibration n’est pas un thriller haletant qui se lit d’un trait. C’est un roman lent, dense, parfois déroutant, qui se mérite. Mais si on accepte son rythme, sa musique, quelle richesse !

Roman choral, roman d’amour, roman d’aventure, roman policier, roman d’atmosphère, chroniques d’une colonie perdue … Sautant d’un personnage à l’autre, d’une langue à l’autre (encore une fois travail étonnant de Serge Quadruppani), d’un endroit à l’autre, d’une histoire à l’autre, mais toujours dans la chaleur étouffante et la lumière aveuglante Carlo Lucarelli construit tableau impressionniste. Le rythme est lent, les personnages multiples, on rentre ou pas dans cette histoire très ambitieuse. Très ambitieuse, exigeante … et parfaitement aboutie.

On peut rester au bord de la route, mais si on se laisse imprégner par les sons, les odeurs, la chaleur et la lumière on est envouté. Les histoires, héroïques, poétiques, mesquines, exotiques, banales … se croisent et se répondent. Le lecteur s’attache à l’un, méprise l’autre, s’émeut avec celle-ci, s’agace de celle-là.

Pour ma part je ne suis pas près d’oublier Sciortino soignant son plan de fève avec amour, ni la leçon d’italien entre deux femmes amoureuses, ni la charge des cavaliers du Négus, ni la chaleur de Massaoua. Alors, vous aussi, tentez l’aventure.

Carlo Lucarelli / La huitième vibration (L’ottava vibrazione, 2008), Métailié (2010), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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