José Carlos Somoza l’illusionniste.

J’ai déjà dit tout le bien que je pense de José Carlos Somoza. Je terminais d’ailleurs la dernière la note sur La théorie des cordes en me demandant quel serait son prochain défi. La clé de l’abîme répond à la question : Il s’agit de montrer, au travers d’un hommage au maître H. P. Lovecraft, que toute religion n’est jamais que l’adoration d’une œuvre d’imagination. Ni plus, ni moins. Voyons comment il s’y prend …

Daniel Kean n’est peut-être qu’un employé subalterne du Grand Train, mais il est heureux de sa vie avec sa femme Bijou et leur fille Yun. Une vie monotone, grise, mais qui lui convient parfaitement … avant de voler en éclat. Ce matin là, entre Dortmund et Hambourg, un voyageur perd son sang. Daniel s’approche et sans en être conscient, va se retrouver porteur d’un secret qui pourrait le mener … A Dieu. Ce Dieu qui fait peur, ce Dieu que les croyants adorent, au travers d’un des quatorze chapitres du Saint Livre. Et Daniel qui ne se considère pas comme croyant, se retrouve au centre d’une lutte sans merci entre différents groupes voulant s’approprier le secret, jusqu’au bout du monde.

José Carlos Somoza toujours aussi imaginatif, aussi cohérent, aussi impressionnant dans sa façon de prendre une idée, et de la mener jusqu’à son ultime conséquence. Le monde qu’il construit est pensé dans ses ultimes détails, dans ses moindres conséquences. Les réactions des personnages en découlent, tout naturellement. Et le lecteur, qui a avalé l’hameçon des premières pages, ne peut que suivre, prisonnier, l’auteur qui l’amène alors où il veut, et quand il veut.

Je n’en dirait pas plus sur ce monde futur un rien effrayant. Ni sur la révélation qui attend les personnages à la fin de leur quête. Juste quelques mots pour dire que Somoza s’amuse, joue avec les codes, multiplie les clins d’œil à la littérature populaire avec ses fins de chapitre du style : 

« Daniel, cours aussi vite que tu peux ! 

Ce fut alors qu’il vit les ombres. »

Ou encore :

« … quand soudain en arrivant au bord des rochers, un autre panorama s’étendit devant lui.

Il resta à la regarder, bouche bée. »

Quand à la dernière phrase de l’épilogue, il suffit de dire que c’est moi qu’elle a laissé bouche bée. En illusionniste de génie, Somoza nous l’a agité sous le nez durant tout le roman, nous l’a montré, dévoilé … A tel point que je n’ai rien vu venir. Le principe de La lettre volée dans toute sa splendeur ! Je ne vous en dis pas plus, mais je suis curieux de savoir si vous avez été plus malins que moi …

Un dernier point. J’ai lu Lovecraft, il y a bien longtemps, et je ne me souvenais d’aucun de ses romans. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier le bouquin. Je suppose cependant que c’est mieux pour ceux qui se ont encore son œuvre en tête et peuvent apprécier toutes les références.

José Carlos Somoza / La clé de l’abîme (La llave del abismo, 2007), Actes Sud (2009), Traduit de l’espagnol par Marianne Million.

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