Lire, ou relire, les classiques

La pause estivale, avant la déferlante de la rentrée, permet aussi de lire (ou relire) ses classiques. Une réédition fort bienvenue m’a permis de découvrir (enfin) ce monument qui manquait à ma culture. Mais quel monument ? Rien moins que L’espion qui venait du froid du Maître John Le Carré.

Leamas travaille pour l’espionnage anglais. Il est en poste à Berlin, au plus fort de la guerre froide. Sa situation est précaire : depuis quelques mois, le nouveau chef du contre-espionnage est-allemand, Hans Mundt décime tous ses hommes. Le dernier est abattu sous ses yeux au moment où il allait passer à l’ouest. Rapatrié à Londres Leamas s’attend à être mis au placard. C’est alors que son supérieur lui propose une dernière mission, dangereuse mais irrésistible : Faire tomber Mundt. Pour cela Leamas est prêt à tout …

Peut-être le chef d’œuvre du roman d’espionnage de la guerre froide, à coup sûr absolument incontournable. L’anti James Bond par excellence. Pas de héros, pas de superman, pas de gadget … Pas de grandes envolées non plus.

Certes le lecteur est averti dès le titre, mais l’impression est là : tout est absolument glaçant dans ce roman. Net et glaçant. Comme l’écriture, sèche, précise, presque sans émotion, ce qui fait d’autant plus ressortir les quelques coups de sang, les quelques moments où Le Carré permet aux personnages d’exprimer leurs peurs, leur rage, leur désarroi.

Et quelle description implacable des mécanismes de l’espionnage, de la spirale du mensonge et de la dissimulation, du Grand Jeu, où les hommes ne sont que des pions, plus ou moins conscients du rôle réel qu’on leur fait jouer. Cynisme des décideurs, perte totale de tout sens moral. Tous les coups sont bons pour « gagner », la seule justification d’une opération étant son succès, sa seule condamnation son échec. D’un côté comme de l’autre, ne survivent à ce jeu que ceux qui, justement, se sont débarrassés de toute considération morale.

Un immense roman, très sombre, au suspense impeccable … Et au final magnifique. A lire et relire.

John Le Carré / L’espion qui venait du froid (The spy who came in from the cold, 1963), Folio/policier (2010), traduit de l’anglais par Marcel Duhamel et Henri Robillot.

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