Pas emballé par Ellory.

Ellory et les éditions Sonatine ont les faveurs des critiques et des lecteurs. Et j’avoue que je me sens un peu en dehors de cette unanimité. Une fois de plus avec Les anonymes, les dernier roman de R. J. Ellory. Explication.

Washington. Catherine Sheridan est retrouvée chez elle, étranglée et tabassée. L’inspecteur Miller est en charge de l’enquête. Une enquête complexe, sur laquelle plane l’ombre d’un tueur en série. La police vient de faire le lien avec trois autres femmes, tuées de la même façon. Seul point commun entre les quatre victimes, elles semblaient n’avoir aucune vie privée : célibataires, sans amis, sans connaissances, sans famille. Sur place, aucun indice, si ce n’est une photo trouvée sous le matelas de la dernière victime. Sur cette photo, un homme mystérieux qui semble impossible à identifier. Quand Miller s’aperçoit que Catherine Sheridan vivait sous une fausse identité l’affaire devient encore plus opaque. Et il ne sait pas encore où il met les pieds.

Explication donc. Ellory choisit la forme du thriller procédural pour dénoncer les exactions américaines en Amérique centrale dans les années 80, ainsi que les liens entre les trafiquants de drogues et la CIA. Comment ce trafic manipulé, au départ, par les services secrets américains en échange d’hommes, d’argent et d’armes pour les contras au Nicaragua, échappe ensuite à tout contrôle pour devenir le monstre actuel. Parce que les sommes d’argent en jeu sont devenues titanesques, parce que beaucoup de gens puissants, y compris membres de la CIA, y gagnent trop pour vouloir arrêter, mais aussi parce que les victimes (pauvres, noirs ou latinos essentiellement) n’intéressent personne aux US. Le livre est documenté, le procédé de l’enquête des flics fonctionne, l’intrigue est prenante (malgré quelques longueurs quand même).

Pas mal donc. Alors pourquoi des réserves ? Justement, parce que « pas mal », mais sans plus. Le flic enquêteur met beaucoup, beaucoup trop de temps à s’apercevoir qu’il y a forcément une officine de renseignement derrière toutes les irrégularités commises. Et l’auteur n’arrive pas à me faire partager sa trouille. Il nous parle souvent de frissons dans la nuque, de sueur froides, il les décrit, mais je ne les ai pas ressentis …

Pas mal parce que, finalement, on n’apprend pas grand-chose. On sait que la CIA a été derrière la majorité des coups tordus, pour ne pas dire plus, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Quand on a grandi, comme moi, dans une famille communiste dans les années 70, on n’a pas attendu Ellory, ou les autres, pour savoir que les américains et leurs sbires, étaient derrière les saloperies en Argentine, au Chili, au Nicaragua, au Salvador …

Et surtout, tout cela résiste mal, très mal, à la comparaison avec La griffe du Chien, le chef-d’œuvre de Don Winslow qui traite du même problème. Il manque le souffle, la puissance narrative, l’impact émotionnel immédiat, dès la première scène qui laisse le lecteur sonné d’emblée. Il manque la force des personnages, l’indignation, le dégoût, la révolte viscéraux que l’on ressent à la lecture du Don Winslow.

Ce qui m’étonne, c’est qu’aucun des billets que j’ai lu ne fait cette comparaison. Normal peut-être pour les blogueurs, La griffe du chien étant passé malheureusement presque inaperçu à sa sortie (c’est un billet de Jean-Bernard Pouy qui me l’a fait découvrir). Moins normal pour les critiques …

Pour conclure, si vous avez aimé Les anonymes, si vous trouvez que c’est un chef-d’œuvre, un conseil, lisez La griffe du chien, vous ne le regretterez pas.

J. R. Ellory / Les anonymes (A simple act of violence, 2008), Sonatine (2010), traduit de l’anglais par Clément Baude.

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