Rencontre avec Arni Thorarinsson

Jeudi soir (le 30 septembre) donc, rencontre avec Arni Thorarinsson à Ombres Blanches. Ce qui frappe d’entrée dès qu’on le voit, et surtout dès qu’il commence à parler, c’est qu’il est aussi flegmatique que son personnage, et, rapidement qu’il manie le même humour pince sans rire. Au fil de la rencontre, l’homme se révèle sympathique, chaleureux … et content d’être là, à rencontrer des gens.

La question qui se pose immédiatement face à un auteur de polars islandais est … Mais pourquoi des polars en Islande. Thorarinsson n’a pas vraiment de réponse, sinon : « Certes pourquoi ? Mais pourquoi pas ? ». Il nous a raconté que, journaliste, il a eu un jour l’envie d’écrire un polar islandais, qu’il s’y est mis, sans en parler à personne, et qu’un soir, dans un bar, son pote Arnaldur Indridason (ils étaient déjà copains) lui a confié qu’il était en train d’écrire … un polar islandais ! Il faut croire que le pays, ses écrivains et ses lecteurs étaient mûrs pour cela.

C’est en lisant un roman de Ross McDonald, de la série Lew Archer que Thorarinsson a eu envie de se mettre à l’écriture (comme Gunnar Staalesen d’ailleurs, lui aussi directement influencé par McDonald). Son personnage ne pouvait évidemment pas être un privé (pas de privés en Islande), il fut donc journaliste, comme son auteur. Un journaliste hard-boiled, qui au cours de ses aventures est devenu de plus en plus soft-boiled.

Alors certes, ce fut difficile au début d’écrire des polars dans un pays de 300 000 habitants qui compte … 2 meurtres par an, dont un lors d’une bagarre entre deux ivrognes, l’un tombant sur le couteau de l’autre … Mais avec un peu d’imagination …

Sur l’humour. Thorarinsson, comme son personnage est un gentil. Un gentil qui décrit des horreurs : haines, jalousie, vengeances, meurtres, drogue … Sans l’humour il ne sentirait pas capable de d’écrire tout cela. Cet humour, il en a fait une des caractéristiques d’Einar, son personnage, qui lui ressemble par bien des aspects.

Autre caractéristique commune à l’auteur et à son personnage : Ils ne jugent pas, jamais. Même les pires « assholes » selon les mots même de l’auteur. Ils décrivent ce qu’ils font, essaient de comprendre comment et pourquoi ils en arrivent là. Attention, comprendre, pas excuser, pas d’angélisme non plus …

Ceux qui connaissent ses romans savent que la musique y est très présente. Tout d’abord parce que, quand adolescent il écoutait du rock, ses parents lui disaient que c’était de la « sous-musique », et que très longtemps on lui a aussi dit que le polar était de la « sous-littérature », le rock de la littérature … Mais surtout parce que c’est un bon moyen de définir un personnage, de créer une ambiance autour de lui, de lui donner plus de chair.

Nous avons aussi évoqué l’Islande, et sa marche forcée vers une uniformisation consumériste. Arni Thorarinsson nous dit que, si les anciennes valeurs islandaises ne sont pas mortes, elles sont sacrément en sommeil. Parmi ces valeurs la langue (dont la maîtrise se perd d’après l’auteur), mais aussi une certaine solidarité et le sentiment, autrefois partagé, qu’un islandais en vaut un autre, qu’ils étaient tous égaux, indépendamment de toute considération de pouvoir ou de richesse (sans doute parce qu’il y avait beaucoup moins d’écarts de pouvoir et de richesse). Et à son avis (que je partage !) outre les histories et intrigues immédiates, les trois romans traduits en français racontent aussi la lente dégradation du lien social, la perte de valeurs traditionnelles (pas jugées très sexy ou très cool dans le monde d’internet), et même, a-t-il dit, le fait que les islandais sont en train de se perdre eux-mêmes. Et tout cela, avant même le choc de la crise financière qui vient de dévaster le pays.

A propos de cette crise, à noter que certaines réactions islandaises font quand même rêver au pays de Bettancourt, Woerth et autres Sarkozy : Le parlement islandais s’apprête à faire passer en jugement le premier ministre qui a appuyé les privatisations des banques et la fuite en avant dans la bulle financière qui a abouti à la catastrophe qu’on connait. Et les patrons et gestionnaires des banques qui ont mis la population sur la paille ont quitté l’île, et n’osent plus y retourner. Un exemple à méditer …

Dernier point, si Einar voyage, quitte Reykjavík pour les petites villes de province c’est parce que cela donne à l’auteur l’occasion de connaître son pays et ses compatriotes.

Bref une rencontre très agréable, avec un grand bonhomme flegmatique et souriant qui ne se prend pas le chou, ne joue pas l’Artiste, aime ses romans, ses personnages et, de façon générale, les gens. Un plaisir.

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