Rencontre avec David Peace

Mercredi, à 18h00, je rencontrai donc David Peace pour animer la rencontre à la Librairie Ombres Blanches.

Une rencontre que j’abordai un peu tendu. Tout d’abord parce que le personnage (vu de loin) et surtout ses écrits sont intimidants. Ensuite parce que, pour cause de nuisibles, je n’avais pas pu préparer la rencontre comme je l’aurais voulu, et qu’en particulier je n’avais pas eu le temps de lire Tokyo année zéro.

Partant du principe que, faute avouée est à moitié pardonnée, j’ai donc commencé par me présenter, et m’excuser pour la manque de préparation, et, tant que j’y étais, craché le morceau sur ma difficulté à lire ses premiers bouquins. Hop, ça passe ou ça casse. C’est passé, et très bien. Un peu inquiet dans un premier temps, il m’a demandé si j’avais lu le livre dont on allait parler. « Of course, sir » répondis-je dans mon meilleur grand breton. La glace était rompue, et le bonhomme au look intimidant et zen s’est révélé un homme extrêmement gentil, ouvert, souriant et heureux de parler de son bouquin avec quelqu’un qui l’avait aimé … Un vrai plaisir. Au passage, cela sous-entend que, parfois, certains intervieweurs n’ont pas lu les bouquins sur lesquels ils posent des questions. Mais je m’en doutais un peu …

Comme nous blablations gaiement en attendant que le public arrive, je lui fait part de mon admiration pour le démarrage du bouquin, et de l’envie qu’il donne de le lire à voix haute. Il me demande alors, presque timidement, s’il pouvait se livrer à cet exercice en début de rencontre. Mais bien sûr, et coup de bol, Pascal Dessaint était dans le coin, qui se chargea alors de lire la traduction. Une rencontre qui démarre sur les chapeaux de roues.

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise quand on lit ses bouquins, l’homme est passionnant. Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux …

S’il a choisi de parler de Tokyo à cette époque très particulière c’est qu’il voulait être capable de comprendre la ville où il vivait, et où ses deux enfants ont vécu les premières années de leur vie. Et il pense que le Tokyo actuelle s’est forgée justement à ce moment là, au moment de l’occupation américaine qui a suivi la défaite de 45.

Le fait divers dont il est question dans Tokyo ville occupée est encore très connu des japonais. Plusieurs thèses se sont affrontées, les explications du crime ont divisé le pays, recoupant les clivages politiques (gauche/droite) et de nombreuses personnes (dont lui) pensent que l’homme qui est mort en prison accusé du meurtre n’était pas le coupable. Son ambition était donc d’écrire un roman qui puisse faire une synthèse de toutes les pistes, et de toutes les convictions.

Après avoir tenté de l’écrire avec deux narrateurs (deux policiers suivant les deux pistes principales), il s’est aperçu qu’il lui fallait beaucoup plus de points de vue. Ce qui l’a amené à écrire ce roman, avec sa structure très particulière : 12 voix, pour douze éclairages, « rassemblées » par un écrivain (sorte de treizième voix) qui les écoute toutes.

Une évidence s’est alors imposée à lui : la seule voix dont on puisse être certain est celle des victimes. Car la seule certitude que l’on a est qu’il y a eu 12 morts. Le romans devaient donc s’ouvrir sur leurs lamentations. Et se conclure sur celle des parents des morts. Il fallait ensuite des enquêteurs (policiers et journalistes), l’accusé, le coupable, avoir des narrateurs de gauche et de droite, nationalistes et communistes …

A propos de l’écriture, rythmée, scandée, il confirme ce dont on se doute à la lecture : Il écrit, puis lit à haute voix, corrige, relis à haute voix, encore, et encore, jusqu’à ce que le résultat, son rythme, sa musique lui convienne enfin.

Un dernier point … David Peace a souvent été comparé à James Ellroy, et son premier chapitre, donnant la parole aux morts et faisant preuve de beaucoup d’empathie avec les victimes m’avait fait penser à Robin Cook. Bingo. Parmi ses premières influences, des noms connus, Hammett, Ted Lewis et … Robin Cook pour l’empathie qu’il manifeste envers les victimes. Et, au moment où il commence à écrire, le choc de White Jazz d’Ellroy. Une vraie révolution. Et selon David Peace, il n’est jamais bon d’ignorer les révolutions … Egalement parmi les influences, Akutagawa, auteur de la nouvelle à l’origine de Rashomon. C’est la structure de ses contes qui l’a inspirée pour construire son dernier roman.

A l’arrivée, une rencontre d’un peu plus d’une heure, passionnante, suivie « hors micro » d’une longue discussion très agréable où nous avons pu parler de la vie au Japon et en Angleterre, du parti communiste japonais, de foot, et bien entendu, de livres.

PS. Bien entendu, il a dit encore beaucoup de choses passionnantes que je ne rapporte pas ici. Mais je n’ai eu ni le temps, ni la force, d’enregistrer et de retranscrire la rencontre.

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