Harry Hole, le retour.

Ca y est, je suis allé au bout, 760 pages. On a attendu, attendu le retour de Harry Hole, on désespérait presque, mais ça valait le coup d’attendre. Juste un conseil, avant d’attaquer Le léopard, le dernier Jo Nesbo, faites un peu de muscu (la bête est lourde), et prévoyez de pouvoir être tranquilles pendant quelques jours …

Deux femmes ont été retrouvées, mortes. Tuées par le même assassin selon toute vraisemblance. Et rien ne semble les relier. La police norvégienne rame et décide d’aller chercher son seul spécialiste en serial killer où il se terre, à Hong Kong. C’est là qu’Harry Hole est allé se cacher après l’affaire du Bonhomme de neige.

Kaja Solness de la brigade criminelle d’Oslo le retrouve et arrive à le convaincre de rentrer, un peu parce qu’elle est très belle, beaucoup parce qu’elle lui annonce que son père est mourant et désire le voir. Harry revient donc, et la traque commence.

Une traque longue et difficile, d’autant plus qu’il se retrouve au beau milieu d’une guerre entre différents services, et sur le chemin d’un policier ambitieux, aimé des politiques et de la presse, qui compte bien devenir le grand patron, à tout prix ; une sorte de réincarnation du glaçant Tom Waaler de L’étoile du diable

Plus de sept cent cinquante pages, et pas un instant de trop, pas une seconde d’ennui. D’emblée Jo Nesbo prend le lecteur aux tripes pour ne jamais le lâcher. Pourtant, superficiellement, qu’y a-t-il d’original dans ce thriller ? Un tueur sadique, un flic électron libre aux prises avec ses propres démons, des faux coupables, des fausses pistes, des morts atroces … De nombreux auteurs s’essaient à l’exercice, croyant que les ingrédients « obligatoires » suffisent à faire le succès du roman.

Alors pourquoi Le léopard est-il exceptionnel ? En premier lieu parce qu’ici les péripéties, les coups de théâtre sont réglés au millimètre, et qu’on se fait avoir à tous les coups ; parce que le suspense est multiple, entre la traque, la guerre entre les flics, les trahisons multiples, les révélations distillées avec une maîtrise incroyable. Jo Nesbo est maître dans l’art de nous montrer une scène, sans en nommer les personnages, et de nous laisser ensuite dans une douloureuse incertitude … Qui est mort ? Qui est l’assassin ? Un procédé casse-gueule, uniquement possible en littérature (impossible au cinéma), mais imparable quand il est bien mené.

Ensuite il y a Harry Hole, un personnage exceptionnel, une gueule cassée comme les lecteurs de polar les adorent, que l’on connaît maintenant depuis quelques années, dont l’auteur exploite à merveille les failles et le passé. Avec lui on aime voir les ambitieux, les prêts à tout, les pourris à l’apparence bien lisse, bien propre, en prendre plein le museau. C’est peut-être facile, mais ça fait du bien. Et puis l’émotion passe à tous les coups : sentiments complexes face à la fin de vie de son père, nostalgie des amitiés de jeunesse, amour perdu, et toujours cette peur d’entraîner ses proches dans sa chute inéluctable.

Condition sine qua non, les méchants aussi sont réussis. Flics, tueur … et je n’en dit pas plus. Des méchants aussi bien construits que les personnages principaux. Et qui font peur. On tremble avec les personnages, et on sait qu’ils risquent lourd, Nesbo n’ayant pas pour habitude de les ménager.

Et puis surtout, il y a cette alchimie de l’écriture qui fait que Jo Nesbo est grand là où d’autres ne sont que des imitateurs plus ou moins doués. Une alchimie que je ne saurais définir, mais qui fait que, le lecteur tourne les pages, tourne, tourne, et, passé un certain point, ne peut plus s’arrêter jusqu’à la fin. Pour se désoler ensuite parce que c’est terminé.

Pour compléter, cette interview de l’auteur où il révèle que son roman qui lui tient le plus à cœur est Rouge-Gorge. Il se trouve que dans une série de très très grande qualité, c’est aussi celui que je préfère.

Jo Nesbo / Le léopard (Panserhjerte, 2009), Série Noire (2011), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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