Il pleut sur Managua

Le polar qui un temps (lointain aujourd’hui) semblait réservé aux pays anglo-saxons et à la France est maintenant partout. J’avais évoqué il y a quelques temps un polar péruvien, voici chez Métailié Il pleut sur Managua de Sergio Ramírez, un polar nicaraguayen comme son titre l’indique.

L’inspecteur Morales est un ex guérillero sandiniste devenu flic anti drogue de Managua. Avec l’aide de son vieux compagnon d’armes Lord Dixon, et d’une femme de ménage qu’il a également connue dans le maquis il va traquer ceux qui ont abandonné un yacht à Laguna de Perlas. Un yacht sur lequel des traces de sang ont été trouvé. Un yacht qui ressemble beaucoup à ceux dans lesquels se pavanent les caïds des cartels de la drogue mexicains et colombiens quand ils viennent se reposer au Nicaragua. Avec la bénédiction de quelques huiles parmi les plus haut placées de la République. Mais Morales ne s’est pas battu contre le clan Somoza pour laisser des parrains de la drogue faire la loi dans son pays.

Je ne vais pas vous mentir et crier au génie, juste parce que c’est le premier polar nicaraguayen qui me tombe entre les mains. Non, pour sortir vraiment du lot il lui manque ce petit quelque chose, souvent indéfinissable, qui fait qu’on a envie de convaincre tous les gens qu’on connaît de lire un bouquin.

Mais même s’il ne fait pas crier au génie, voilà un polar très recommandable.

Parce que l’histoire se tient et que les personnages sont convaincants. Parce que l’écriture sait rendre le déluge d’une pluie d’été sur Managua, les torrents d’eau qui transforment les rue en rivières, la vitalité, les cris, les odeurs d’une rue envahie de marchands, la misère à la fois désespérée et exubérante d’un bidonville.

Et surtout parce que les polars nicaraguayens sont rares (si ce n’est pas le premier), et que l’auteur décrit très bien un pays contrasté, où le religiosité la plus extravagante et la plus envahissante côtoie le léninisme des anciens combattants qui ont renversé Somoza ; où les références à la Révolution sont permanentes, au côté des symboles les plus clinquants de la société de consommation impérialiste yanquie (style casinos à la Las Vegas et centres commerciaux) ; où il restent des serviteurs de l’état qui croient dans les valeurs qu’ils ont défendues les armes à la main, face à la religion du « tout pour le fric tout de suite » …

Bref, un roman fort intéressant pour un pays étonnant. Espérons que c’est le début d’une série …

Sergio Ramírez / Il pleut sur Managua (El cielo llora por mí, 2008), Métailié (2011), traduit de l’espagnol (Nicaragua) par Roland Faye.

 
 

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