La note bleue de Marcus Malte

Attention chef-d’œuvre. Ni plus, ni moins. Tout est sonne juste dans Les harmoniques de Marcus Malte. De la première à dernière réplique. Jusqu’au titre.

Vera est morte, assassinée, brulée vive. Elle qui avait survécu au massacre de Vukovar, qui était venu chercher la paix et la sécurité à Paris. Très rapidement la police a arrêté deux petits dealers qui ont avoué. Affaire de drogue, la victime était une immigrée … affaire close. Pas pour Mister, grand gaillard noir que Vera venait écouter deux fois par semaine au Dauphin Vert où son trio joue du jazz tous les soirs. Mister convainc son ami, chauffeur de taxi et philosophe, de l’aider à chercher la vérité. Car il en est persuadé, ce n’est pas une histoire de drogue.

Quel roman, mais quel roman ! envoutant, enthousiasmant dès le premier chapitre. Un chapitre « pour rien », juste un dialogue magnifique qui, en quelques répliques, dessine les deux personnages principaux et leur relation, le tout sur fond de ballade jazz somptueuse. Du grand art. Et tout est à l’avenant. Le jazz baigne ces pages, donne le tempo, chante, swingue derrière les mots. Toutes les phrases sont belles, les personnages extraordinaires. Et l’horreur, l’indignation sont tapies, au détour d’une page, où d’un coup, la prose se fait plus dense, accusatrice.

On sourit souvent, l’humour est présent, dans les dialogues, dans les situations cocasse, dans la description d’un homme-pomme-de-terre (une variante de l’homme à la tête de chou ?) … On tremble parfois, on est ému, très souvent, jusqu’aux larmes parfois.

Et si je dis en ouverture que même le titre sonne juste, c’est que, comme les harmoniques, ces notes que le pianiste ne joue pas, mais que l’on entend quand même quand l’accord principal s’éteint lentement, on referme le roman comme dans un songe, et longtemps, très longtemps, il résonne, comme les magnifiques harmoniques des accords de Mister.

Conséquences directes de ma lecture : j’ai cherché partout une version de Wallflower de Gerry Mulligan qui illustre magnifiquement le premier chapitre. Et je me suis précipité vers la pile des romans qui attendaient, patiemment, que je m’intéresse à eux pour en extraire Le lac des singes pour trouver une précédente apparition de Mister.

« Ils laissèrent défiler l’album de Mulligan dans son intégralité sans prononcer une parole. Rien à redire là-dessus. Ils croisèrent durant ce temps deux voitures et un chien errant aux allures de chacal. On se dirigeait doucement vers les cinq heures et la nuit commençait à ôter ses dessous noirs. Le baryton exhala un dernier souffle. Suivit un silence rauque, suave, que Mister apprécia à sa juste valeur. »

Tout est à l’avenant, je pourrais recopier ici tout le roman. Il vaut mieux que vous vous le procuriez …

Marcus Malte / Les harmoniques, Série Noire (2011).

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