Le bon, la brute et les truands.

De temps en temps on lit ici ou là que le polar américain serait en chute libre, que le centre de gravité c’est déplacé en Europe, qu’il n’y a plus rien de neuf de l’autre côté de l’Atlantique. Ben mon colon, il est encore vert le mourant ! Depuis le début d’année on a eu Ron Rash et son extraordinaire Serena, le toujours excellent Pelecanos, le nouveau Ken Nunn, on attend un Dennis Lehane et un James Lee Burke … Et là, tout de suite, vous allez vous prendre Savages, le dernier Don Winslow en pleine poire.

Ils sont trois, inséparables.

Ben, le bon, génie de la botanique, devenu richissime en cultivant la meilleure herbe de Californie du Sud. Dans ses nombreux moments perdus Ben sillonne le tiers-monde pour améliorer le sort des plus malheureux.

Chon, la brute, ex soldat d’élite, ancien d’Irak, de Truckistan, spécialiste es maniement de toutes sortes d’armes.

Avec eux, O, pour Ophélia, gamine un peu paumée, pas mal cinglée, fille d’une bourgeoise liftée et républicaine typique de la Californie du sud. O qui aime faire les boutiques et manger. Et O aime le sexe, surtout avec ses deux hommes Chon et Ben. Jusque là tout va bien.

Mais, et c’est là qu’interviennent les truands. Le cartel de Baja California (BC) veut imposer à Ben de passer par eux pour vendre son produit haut de gamme. Ben qui ne veut pas en entendre parler. Donc c’est la guerre.

Tous ceux qui fréquentent ce modeste blog ont lu La griffe du chien. Ou sont en train de le lire, ou ont prévu de le lire. De toute façon vous savez déjà que Don Winslow est un grand, un très grand du polar. Il le confirme ici de façon éclatante. Une véritable gifle.

Pas un seconde de répit tout au long des 290 chapitres qui claquent, secs comme des coups de trique. Don Winslow prend d’emblée le lecteur aux tripes, le secoue sans pitié, et le laisse sonné à la dernière phrase. Des phrases déconstruites, reconstruites, mots déconstruits et reconstruits, tout cela pour atteindre une écriture rythmée, scandée, hypnotique qui dresse le portrait sans concession d’un monde sans pitié. La griffe du chien décortiquait la montée au pouvoir des cartels de la drogue mexicains, avec l’aide bienveillante de la CIA et de l’église. Savages nous jette à la figure le résultat.

Et il n’a rien de réjouissant. Fini les doux glandeurs de la Patrouille de l’aube, fini le surf, l’attente de la vague avec les amis de toujours. Le monde n’est pas gentil, ou améliorable, comme voudrait le croire Ben, il est impitoyable, comme le sait Chon :

« Chon avait toujours su qu’il existait deux mondes distincts :

Les sauvages.

Et les moins sauvages.

Le sauvage est le monde du pur pouvoir primitif, survie des mieux adaptés, cartels de la drogue et brigades de la mort, dictateurs et hommes demain, attaques terroristes, guerres des gangs, haines tribales, assassinats de masse, viols de masse.

Le moins sauvage est le monde du pur pouvoir civilisé, gouvernements et armées, multinationales et banques, choc et effroi en écrasant l’adversaire par une puissance de feu très supérieure, mort-venue-du-ciel, génocide, viol économique en masse.

Et Chon sait que …

C’est le même monde. »

Bienvenue dans le monde de Chon. Une véritable gifle donc. Et malgré l’horreur, malgré la trouille, on ne peut pas lâcher le bouquin jusqu’à l’apocalypse finale que l’on sait inévitable.

J’oubliais, parce que je suis encore sous le choc … Savages est une sorte de mélange entre La griffe du chien pour la thématique et la violence qui vous arrive en pleine figure, et des romans plus coooooool et drôles que l’auteur car, en plus, dans la première partie, il y a de l’humour, essentiellement autour des relations entre O et le reste du monde en général, et sa mère (complètement cintrée) en particulier.

Mais à la fin on ne rit plus. Plus du tout.

Magistral.

Don Winslow / Savages (Savages, 2010), Le Masque (2011), traduit de l’américain par Freddy Michalski.

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