Le sexe des anges …

Je ne sais pas si ça va durer, mais avec seulement trois romans publiés, la collection Thriller de chez Outside peut se vanter de faire preuve d’une belle cohérence éditoriale. Le petit dernier, L’ange du porno de Christa Faust est dans la droite ligne de ses deux prédécesseurs, Vanilla Ride de Lansdale et de Les chiens sont mes amis de Lewin.

Angel Dare se réveille en mauvaise posture : attachée, blessée, enfermée dans le coffre d’une vieille bagnole … La veille elle était la patronne d’une agence qui fournit de jeunes et belles actrices et stripteaseuses pour les clubs et les films porno. Jusqu’à ce que Sam, un vieux copain de l’époque où elle jouait elle-même, l’appelle pour la supplier de venir tourner quelques scènes pour le dépanner. C’est comme ça qu’elle se retrouve dans cette fâcheuse posture. Et ce n’est que le début de ses ennuis. Mais Angel Dare est une dure à cuire, et aidée d’un ancien flic elle va leur faire payer à tous.

Belle cohérence disais-je en introduction … Cohérence visuelle pour commencer. Mais ce n’est qu’un détail. Cohérence dans le choix d’écrivains qui ont un ton, une langue à part : humour scato de Hap et Collins, réflexions totalement décalées du petit homme de Lewin, et langage .. direct d’Angel Dare, la narratrice de L’ange du porno. Cohérence également dans le choix d’auteurs qui explorent les marges de l’Amérique actuelle, sans qu’aucun d’eux ne tombent dans le misérabilisme ou l’angélisme.

Et cohérence dans le plaisir pur de lecture. Une fois de plus …

L’écriture de Christa Faust est aussi dynamique et intraitable qu’Angel Dare. Aussi peu politiquement correcte qu’elle. Le roman démarre sur les chapeaux de roue et continue sur le même rythme. Les dialogues claquent, ça castagne, ça saigne … Et le lecteur jubile.

Ce qui n’empêche pas l’auteur de porter sur le monde du porno et du sexe à vendre un regard à la fois tendre, amusé, et sans concession. Pas de morale à deux balles, mais pas non plus d’angélisme ni d’aveuglement. C’est avec truculence, humour, tendresse et aussi une certaine rage qu’elle décrit ce monde inconnu et décrié, où, si quelques-uns (et quelques-unes) trouvent leur compte (et leur plaisir), l’exploitation des plus faibles reste la règle générale. Rien de tel que ce roman pour démystifier l’industrie du sexe et la montrer pour ce qu’elle est, l’exploitation de l’homme (et surtout de la femme) par l’homme.

Une vraie réussite pour un auteur qui signe ici un excellent premier polar, même si, à en croire la quatrième de couverture, ce n’est pas son premier roman.

Christa Faust / L’ange du porno (Money shot, 2008), Outside/Thriller (2011), traduit de l’américain par Aurélie Tronchet.

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