Rencontre avec Craig Johnson

Comme promis … Samedi donc, toujours à la médiathèque José Cabanis, deuxième rencontre sur le polar américain, avec Craig Johnson cette fois.

Difficile d’imaginer plus grand écart. Passer d’Ellroy à Johnson c’est passer de la mégapole à l’immensité de la nature, de l’homme seul avec ses obsessions à l’individu au sein d’une communauté, du show flamboyant et minuté à l’improvisation chaleureuse … Pour résumer, après les rencontres j’ai dit à l’un que cela avait été un honneur, à l’autre que cela avait été un plaisir …

Je pourrais vous renvoyer au compte-rendu que j’ai fait en novembre 2009 lors de sa première visite à Toulouse. Du moins pour ce qui concerne l’homme et l’ambiance de la rencontre. Mais ce serait tricher, et ce serait surtout faux tant Craig Johnson est généreux et nous a régalé de nouvelles histoires.

On est peu revenu sur son passé fait de petits boulots. Il nous a juste confié que, dès son enfance, il a voulu écrire, venant d’une famille de lecteurs. L’enfer pour sa famille ce serait un endroit sans livres. Du coup dans son ranch, il y en a partout, jusque dans les écuries, au cas où … Tout ce qu’il voulait c’était vivre, voir du pays, et acquérir l’expérience qu’il jugeait nécessaire pour avoir quelque chose à raconter. Comme il le dit en riant (il rit beaucoup, et le public également), écrire est comme faire une longue course à cheval, très longue. Il faut un bon cheval (ou une bonne histoire) ; il a attendu plus de quarante ans avant de trouver le premier bon cheval.

Il a parlé de ses personnages.

De Walt Longmire, pour lequel il s’est inspiré d’Athos et de Jean Valjean, parce qu’il aime les personnages qui ont une fêlure ; de son envie de le faire parler à la première personne, pour que le lecteur ait l’impression qu’il est avec lui dans un bar à l’écouter raconter ses histoires.

Des personnages féminins, nécessaire pour contrebalancer le fait que le lecteur se trouve, tout le long du livre, prisonnier dans la tête d’un homme. Ces personnages féminins tellement nécessaires à la survie de Walt, sans qui il serait complètement perdu. Ruby, qui lui organise ses journées à coups de post it, Dorothy qui le nourrit, et Vic, avec qui la relation est la plus complexe, car non dénuée d’une tension sexuelle.

A ce propos, il rapporte les conseils d’autres écrivains qui lui ont conseillé de laisser cette tension pendant au moins 17 romans. Mais s’insurge-t-il vous connaissez qui vous comme femmes ? Vous en connaissez qui vont attendre 17 ans ?

D’Henry Standing Bear bien entendu, l’ami indien (Craig Johnson ne dit jamais Native Américain, il dit indien, ou Crow, ou Cheyenne, parce que c’est comme ça que ses copains indiens s’appellent eux-mêmes). Un personnage avec lequel il a voulu combattre le cliché de l’indien impassible. Car nous dit-il il ont un sens de l’humour d’enfer. Un sens de l’humour forgé par des siècles à supporter les blancs …

A propos d’humour, Craig Johnson qui a été flic à New York, dit qu’il sait quand un polar est écrit par quelqu’un qui n’a jamais approché un policier : Il manque d’humour. Parce que nous dit-il, dans les voitures de patrouille, l’humour est indispensable pour se protéger des horreurs vues au quotidien.

Un autre préjugé qu’il veut battre en brèche : l’homme de l’Ouest comme un individualiste qui se tire d’affaire tout seul, un John Wayne déclarant « L’Homme doit faire ce que l’Homme doit faire ! » (il fait très bien John Wayne). C’est tout le contraire. Dans un pays où les gens sont moins nombreux que les antilopes, où la nature a une telle importance (parfois meurtrière) personne ne peut s’en sortir tout seul, la seule façon est de travailler ensemble, soudés.

Et puis il a parlé du Wyoming, des basques, du point de départ de son dernier roman, des scènes d’action et de sexe dans les romans à venir, et de bien d’autres choses …

A la réflexion, du pur point de vue « technique » de l’animateur de rencontre la grande différence entre James Ellroy et Craig Johnson est la suivante : avec ses questions l’animateur ouvre une porte. Ellroy la referme parfaitement (et parfois sèchement) avec une réponse concise et précise mais sans aucun débordement permettant de rebondir ; Craig Johnson répond aussi, mais il brode, déborde, et ouvre deux, trois, quatre autres portes, au risque de répondre à l’avance à une autre question, mais avec l’avantage énorme de proposer de multiples ouvertures pour rebondir. Au point que l’animateur attentif n’a presque qu’à prévoir la première question, les autres suivent naturellement …

Voilà, d’après ce que j’ai vu à la sortie pendant la séance de signatures, tout le monde était enchanté, surtout Gaby, mon fiston qui a récupéré un badge de shérif du comté d’Absaroka et que j’ai pris en photo avec le chapeau de Craig.

A partir de demain, je reprendrai le cours normal des notes de lecture …

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