Retour sur le Londres des années punk.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Cathi Unsworth, Au risque de se perdre, publié sous les louangeurs, mais redoutables hospices de Robin Cook, Ken Bruen et David Peace. J’étais donc curieux de voir s’il y en aurait un second, et s’il tiendrai les promesses de ce démarrage en fanfare. Il y en a un second, Le chanteur, et il tient les promesses du premier.

Début des années 2000, la musique et la culture punk semblent revenir à la mode à Londres. Eddie Bracknell, petit journaliste obscur survivant à coups de piges dans différents magazines musicaux découvre grâce à un ami photographe, vétéran de l’époque des Sex Pistols, un groupe à la trajectoire de comète : Blood Truth et son chanteur incandescent, Vincent Smith.

Vincent qui, un beau jour, disparaît à Paris sans laisser de traces, au moment où le groupe après avoir connu son heure de gloire était en train d’imploser. Profitant du regain d’intérêt pour les années 80, Eddie décide d’écrire un livre sur le groupe et son chanteur et de tenter de retrouver sa trace. Il commence  une série d’interviews qui va l’amener, peu à peu, à cerner la personnalité complexe et controversée du mystérieux Vincent et de ceux qui gravitait autour de Blood Truth, jusqu’à …

Autant rassurer tout de suite d’éventuels lecteurs : Je ne suis ni fan, ni connaisseur du mouvement punk, j’écoute plutôt du jazz, du blues et de la soul, je connais mieux Ray Charles, Otis Reding, Aretha Franklin ou Art Tatum que les Sex Pistols … Et j’ai trouvé le roman de Cathi Unsworth passionnant, même s’il me manquait parfois quelques références musicales pour en apprécier pleinement toute la richesse.

Parce que sa construction est impeccable jouant avec brio sur les alternances passé / présent. Parce que les personnages sont réellement incarnés. Parce que l’auteur connaît parfaitement l’époque et le milieu dont elle parle, et qu’elle arrive à les refaire vivre, de façon saisissante. Parce que Eddie, looser attachant, est un personnage comme les aiment les amateurs de polar …

Et aussi et surtout parce la tension est superbement maîtrisée, allant croissant au fur et à mesure que les différents témoignages apportent un nouvel éclairage sur les personnages et les événements que l’on croyait connaître. L’auteur joue magnifiquement de ces points de vue, retournant le lecteur comme une crêpe (comme elle retourne le pauvre Eddie), un lecteur qui s’aperçoit, peu à peu, que les vérités du début du roman peuvent être remises en question.

Plus on avance, plus les ombres s’épaississent jusqu’à l’ébouriffant final … Une partition magistralement exécutée.

Et je ne peux qu’imaginer à quel point un tel roman doit être encore plus enthousiasmant pour ceux qui connaissent bien l’époque et la musique décrites.

Cathi Unsworth / Le chanteur (The singer, 2007), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

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