Douce campagne anglaise … Plus noire que verte.

Si mon billet sur Fred Vargas était bien inutile (elle caracole en tête des ventes, et c’est tant mieux), celui-ci pourra peut-être vous faire découvrir un auteur, au moins à quelques-uns d’entre vous.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu de nouvelles du très (trop ?) discret Gilles Bornais. Ce journaliste est l’auteur de  sept romans que l’on peut classer dans deux catégories.

Des romans noirs actuels, intimistes, relatant le quotidien de personnes ordinaires, de celles dont on ne parle jamais. Ce sont :  Ali casse les prix, Franconville bâtiment B et Le serin de Monsieur Crapelet.

Le dernier paru, Les nuits rouges de Nerwood fait partie d’une série historique consacrée à un flic londonien de la fin du XIX°, Joe Hackney, ancien petit voleur devenu flic mais ayant gardé des liens et des amitiés avec ses anciens complices. Il fait une première apparition dans Le diable de Glasgow, et le revoilà donc ici.

1892, dans une petite ville campagnarde du Somerset entourée de forêts, un député conservateur est sauvagement assassiné. La même nuit sa femme a été vue sur le pas de la porte d’un notaire, son rival politique, qui a été grièvement blessé à la tête par une décharge de chevrotines. Des bruits commencent à courir parlant d’une sorcière, d’un chien monstrueux, d’un fantôme … Tous, tueur, bête et épouse du député ont disparu dans les forêts environnantes … Au vu de la « qualité » des victimes, la police locale demande l’aide de Londres, et c’est Joe Hackney, qui pourtant déteste la campagne qui est envoyé sur place. La vérité se cache dans ces forêts, elle n’a rien que de très humain, et de très sordide …

On retrouve dans cet épisode les solides qualités de la série : A commencer par une intrigue alambiquée, un peu « à la manière de » qui rend hommage au roman policier victorien, mais en même temps, innove en se situant bien loin des salons de thé et des majordomes assassins. Comme les romans précédents, celui-ci nous plonge au cœur du prolétariat exploité, surexploité, à la limite de l’esclavage (lisez vous verrez).

Des personnages ensuite, qui existent vraiment à la fois dans la tradition des malfrats « picaresque », des flics dépassés, mais aussi, avec des racines profondes dans la population maltraitée de cette Angleterre par ailleurs triomphante.

Un décor très présent, oppressant, sinistre, où la nature n’est pas aimable mais hostile envers l’homme (ou du moins hostile envers l’homme de la ville qu’est Joe).

Pour finir, une peinture très sombre des relations sociales au cœur du roman, des relations sociales qui se caractérisent par leur violence, leur brutalité et leur cruauté. Certes il ne fait pas bon être pauvre dans l’Angleterre du XXI° siècle, dans celle de Gilles Bornais et de Joe Hackney, c’était un enfer.

Bref c’est très noir, étouffant, solidement documenté, prenant … A lire, comme le reste de la série.

Gilles Bornais / Les nuits rouges de Nerwood, Pascal Galodé (2011).

Pour compléter vous avez sur Bibliosurf la transcription d’une rencontre avec les lecteurs.

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