Et c’est pourquoi Le Carré est Grand.

John Le Carré est grand. Ce n’est certes pas un scoop. Mais cela se confirme régulièrement. Et c’est une fois de plus le cas avec ce dernier roman, Un traître à notre goût. Ce jeune homme de 80 ans, maître incontesté du roman de la guerre froide, nous régale une fois encore.

Rien ne prédisposait Perry, professeur à Oxford et sportif accompli et son amie Gail, avocate londonienne à côtoyer le monde des espions. Jusqu’au jour où, lors d’un séjour paradisiaque sur l’île caribéenne d’Antigua, Perry joue au tennis avec Dima.

Son adversaire est un milliardaire russe exubérant, bardé de bijoux et de tatouages … la caricature du mafieux russe. Ils ne savent pas, alors que le match se termine, que Dima va les choisir comme émissaires pour passer un marché avec les services secrets britanniques : La nationalité anglaise, les meilleurs collèges pour ses enfants et une protection de toute sa famille contre des révélations sur les circuits de blanchiment de l’argent de la mafia russe et les réseaux de corruption dans toutes l’Europe. Perry et Gail acceptent, sans mesurer le danger, ni les conséquences sur leur vie et leurs illusions.

John Le Carré est grand disais-je donc, enfonçant allègrement une porte grande ouverte.

Dans son collimateur cette fois les circuits de blanchiment de l’argent de la mafia, la corruption des élites européennes et en particulier celle de tout le système financier, jusqu’au cœur même de la City de Londres jusqu’au cœur politique des démocraties qui dominent le monde.

On pourrait avec un tel sujet, écrire des essais ennuyeux et compliqués, des pamphlets énervés, des articles indignés. John Le Carré livre un roman passionnant, à la construction impeccable et implacable, aux dialogues étincelants, qui nous mène par le bout du nez des Caraïbes à Londres en passant par les prisons russes et les grands hôtels suisses.

Dans la première partie, la construction est époustouflante, jonglant avec une virtuosité et une fluidité confondantes entre l’interrogatoire de Perry et Gail (de retour à Londres après leur premier contact avec Dima) et le récit, au présent de leur aventure sur l’île. La seconde partie, au récit plus linéaire, nous enfonce dans les arcanes des luttes entre les dinosaures, qui croient encore en certaines valeurs, et la puissance, le rouleau compresseur, de l’argent et de la dictature de la finance. Jusqu’à l’issue … Incertaine jusqu’au bout.

Un chef d’œuvre de découpage et de précision au service d’un discours humaniste mais sans illusion.

Et c’est pourquoi John le Carré est grand.

John Le Carré / Un traître à notre goût (Our kind of traitor, 2010), seuil (2011), traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

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