Ils sont de retour !

Ils reviennent ! Qui ? Patrick Kenzie et Angela Gennaro pardi. Nos deux privés préférés, que l’on croyait à jamais perdus pour le polar. Dennis Lehane les a repris dans Moonlight Mile. Un vrai bonheur. Je sais, des esprits chagrins ne manqueront pas de dire que ce n’est pas le meilleur Lehane, et ils auront raison, ce n’est pas le meilleur. Moins dense et effrayant que Ténèbres prenez-moi la main ou Gone, baby gone. N’empêche que c’est quand même un bon cru. Et qu’un bon cru de Lehane vaut pas mal d’autres choses que l’on peut lire. Et puis c’est tellement bon de les retrouver !

Il y a treize ans, Patrick Kenzie et Angela Gennaro retrouvaient Amanda McCready, gamine de quatre ans enlevée à sa mère. Une mère indigne, qui ne s’occupait jamais d’elle. C’était Gone, baby gone. Elle avait été enlevée par des flics qui avaient décidé de court-circuiter la justice et les services sociaux pour confier les enfants qu’ils considéraient (souvent à juste titre) comme maltraités à des couples qui s’en occuperaient correctement. Patrick et Angela avaient donc retrouvé Amanda, et l’avait rendue à sa mère indigne, inconsciente, indéfendable …

Aujourd’hui Angela fait des études, Patrick travaille au coup par coup, sous payé, pour une grosse agence d’enquêtes privées au service des plus riches. Ils ont une fille de quatre ans … Ils tirent le diable par la queue et Patrick n’aime ni son travail, ni les gens à qui il profite.

C’est sans doute pour cela que, lorsque la tante d’Amanda vient leur dire que la jeune fille qui a aujourd’hui 17 ans a une nouvelle fois disparu, Patrick accepte de la chercher de nouveau. Au risque de perdre toute possibilité d’emploi fixe, au risque de mettre sa famille en danger.

Ils reviennent donc pour notre plus grand bonheur. Quel plaisir de les retrouver, de voir comment ils ont vieilli (et nous avec) de retrouver leurs dialogues inimitables, leur humour, leur amour et leur rage toujours intacte. Car s’ils ont pris quelques années, s’ils sont moins casse-cou (ayant beaucoup plus à perdre), si les courbatures font mal plus longtemps, on les aime toujours autant. Quel plaisir de revoir l’abominable Bubba, sur qui les années ne semblent pas avoir de prise.

Quel plaisir de voir que Dennis Lehane n’a rien perdu de son talent de dialoguiste. Les répliques claquent, les personnages ont le sens de la formule, et certaines scènes de dialogue, comme celle entre Patrick et trois adolescentes typiques ayant plus de dollars dans leur compte en banque que de mots à leur disposition vaut son pesant de cacahouètes.

Quel plaisir aussi de voir que l’auteur n’a rien perdu non plus de son indignation face aux injustices, toujours plus flagrantes, toujours plus rageantes. Car comme toujours, en toile de fond d’une histoire haletante, il dresse le portrait de sa ville et de ses habitants. De gens paumés, laminés par la crise économique, complètement désemparés quand le sacro-saint profit, l’évangile des gagnants, le Dieu marché auxquels ils avaient cru, qu’on leur avait vendu s’est écroulé et les a laissé sans rien.

Ce désarroi, cette panique, ce désespoir baignent le roman, mais ne le dominent pas. Car Patrick et Angela, comme leur auteur, restent fidèles à certaines valeurs et ne sont pas prêts à faire n’importe quoi pour s’en sortir.

« Mes joies l’emportent sur mes peines » déclare Patrick à la fin du roman. Cela vaut aussi pour le lecteur.

Dennis Lehane / Moonlight Mile (Moonlight Mile, 2010), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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