Le retour de Simona

C’est la semaine Serge Quadruppani sur actu du noir. Il est le traducteur du précédent roman chroniqué, le voici en tant qu’auteur avec La disparition soudaine des ouvrières où il reprend ses personnages de Saturne.

Revoici donc Simona Tavianello, commissaire romaine à la cinquantaine épanouie, en vacances dans les Alpes italiennes avec son mari. Des vacances qui tournent mal quand ils trouvent un cadavre chez l’apiculteur auquel ils rendaient visite. D’autant plus mal que l’arme du crime est … celle de Simona, qu’on lui a volé le matin même sans qu’elle s’en rende compte. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle décide de mettre son nez dans cette affaire, au grand dam des carabiniers.

Une affaire dans laquelle certains semblent avoir intérêt à faire porter le chapeau aux écologistes qui défendent la vallée contre les vues d’un labo très secret travaillant dans les nanotechnologies et les OGM. Et comme toujours quand il s’agit de secret, les barbouzes ne sont pas loin.

On retrouve avec beaucoup de plaisir Simona la grande gueule aussi efficace et râleuse que sensuelle. On retrouve avec le même plaisir Serge Quadruppani auteur, son français parsemé d’expressions italiennes, son écriture charnelle qui fait si bien sentir les parfums des alpages, la chaleur écrasante d’une place italienne, la fraicheur de l’eau d’une fontaine ou la saveur d’une tarte à la rhubarbe. Une écriture qui sait si bien se moquer des imbéciles, s’enrager contre les salauds et s’émouvoir du vol d’une abeille au soleil.

Il semble que le chroniqueur du Monde ait apprécié mais trouvé la vision de l’auteur trop manichéenne, il lui reproche, gentiment, de planter des défenseurs de la nature (trop) visionnaires et des gens des labos comme des salauds mercantiles.

Pas d’accord. Premièrement, les écolos du romans ne sont pas tous visionnaires, il y en a même de sacrément allumés à leur façon. Et surtout quelqu’un qui travaille dans un labo dont le but est le suivant : « Toujours le même processus […] On détruit un processus naturel gratuit et on le remplace par une prothèse artificielle payante. », ou pour le dire autrement, de privatiser le vivant, tout le vivant, jusqu’à nos cellule et l’air qu’on respire, alors oui, mille fois oui, celui-là, tous ceux là sont au mieux de dangereux inconscients qui ne se posent jamais la question de la finalité de leur travail, plus vraisemblablement des salauds mercantiles. Et leurs patrons (et ce sont eux qui sont dépeints dans le roman) sont de vraies pourritures mercantiles.

Donc Quadruppani n’est pas manichéen, il est lucide. Donc la lecture de son roman est non seulement extrêmement plaisante, mais également extrêmement utile.

Pour couronner l’ensemble, il nous offre, au détour d’une page, une petite douceur acidulée en forme de clin d’œil avec, si je ne m’abuse, l’apparition en vedette sicilienne d’un certain légiste mal embouché qui, habituellement, s’engueule avec Montalbano. Un coup de chapeau au « Maître de Vigata » présent en chair et en os dans le précédent roman.

Serge Quadruppani / La disparition soudaine des ouvrières, Le Masque (2011).

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