Le western de Trevanian.

Vive le western ! J’aime les films, et j’adore les romans, en particulier ceux qui ont démystifié l’iconographie hollywoodienne tout en lui rendant hommage. Après Deadwood de Pete Dexter, après les westerns d’Elmore Leonard, après Lonesome Dove, voici Incident à Twenty-Mile de Trevanian.

1898, quelque part dans le Wyoming, la bourgade de Twenty-Mile se meurt doucement. Créée au moment où un filon d’argent a été trouvé dans les montagnes environnantes, elle a commencé à dépérir quand le filon c’est révélé moins riche que prévu. Maintenant elle ne s’anime que le samedi soir, quand une soixantaine de mineurs descendent claquer leur paye avant de repartir une semaine sous terre.

Un magasin général, une auberge, un bordel, un barbier, un maréchal-ferrant … Et c’est à peu près tout. C’est là que débarque Matthew, gamin paumé, fan des aventures de Ringo Kid, un peu menteur, un peu arnaqueur, qui va en peu de jours se rendre indispensable et tenter de gagner le respect des habitants. Pas de quoi faire une histoire … Jusqu’à l’arrivée d’un trio de tueurs menés par un psychopathe échappé de la prison de Laramie, qui va prendre le village en otage.

Je ne fais pas partie des admirateurs absolus de Trevanian. La sanction, déjà publié chez Gallmeister m’avait laissé une impression mitigée. La même que Shibumi lu il y a bien, bien longtemps … Pour faire court, si j’apprécie l’écriture et le talent de conteur de l’auteur, je trouve sa misanthropie dérangeante. Je n’ai rien contre les auteurs qui n’aiment personne. Ce qui me gène dans les deux romans cités c’est ce sentiment diffus que Trevanian se sent, lui, bien au dessus de la mêlée et de la vaine populace …

Bref tout ça pour dire que cette fois il m’a complètement conquis.

Parce que j’aime les westerns et qu’il y a ici tous les ingrédients : Village isolé avec son joueur malade et finissant, ses putes au grand cœur, ses lâches et ses hommes courageux, sa jeune première, son Kid qui arrive et la bande d’affreux qui vient dynamiter l’intrigue … Jusqu’à l’affrontement final.

Ingrédients que Trevanian utilise avec un grand respect pour le genre (ce n’est pas un pastiche), mais en les reprenant entièrement à son compte. Du coup, c’est quand même nettement plus sombre que chez John Wayne, les motivations des uns et des autres ne sont pas toujours pures, la méchanceté, le cynisme, l’hypocrisie règnent et la folie n’est jamais très loin.

La narration est, comme à l’accoutumée, parfaitement maîtrisée, en un crescendo implacable qui voit la tension monter peu à peu jusqu’à l’affrontement tant attendu. Une montée et un affrontement qui malgré leur apparent classicisme recèlent quelques belles surprises.

Et pour finir, contrairement aux romans précédents cités ci-dessus, si Trevanian sait se montrer sans pitié avec quelques personnages qu’il n’épargne pas, il fait également preuve d’une tendresse étonnante pour les brisés, les cassés de l’existence qui, au final, peuvent révéler une vraie force. Tendresse bien évidemment totalement dépourvue de sensiblerie ou de bons sentiments culcul, Trevanian reste Trevanian quand même !

Bref, j’ai adoré.

Trevanian / Incident à Twenty-Mile (Incident at Twenty-Mile, 1998), Gallmeister (2011), traduit de l’américain par Jacques Mailhos.

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