Méfiez-vous des crétins entreprenants

En moins de cinq ans (j’ai chroniqué le premier de la série ici, sur ce très jeune blog), Guido Guerrieri, le personnage récurrent de Gianrico Carofiglio est devenu un ami que j’ai plaisir à retrouver. Il revient dans Le silence pour preuve, un épisode à la fois différent et très proches des autres …

Guido Guerrieri, l’avocat de Bari, se trouve dans une situation inédite : Il ne s’agit pas cette fois de défendre un accusé que tout semble désigner, mais de retrouver une jeune femme disparue depuis des mois. La dernière fois qu’on l’a vue, elle prenait un train pour Bari. Depuis, aucune nouvelles. Sans bien savoir pourquoi, peut-être à cause de la douleur des parents, Guido accepte cette mission qui n’a rien à voir avec son travail habituel. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à déambuler dans sa ville, la nuit, à la recherche d’un libraire ouvert tard dans la nuit, ou d’un bar accueillant …

Un épisode différent donc parce que, pour la première fois, Guido n’est pas chargé de défendre quelqu’un que tout accuse, ou quelqu’un de faible face à un puissant. Pas de final haletant au tribunal, mais une enquête comme un privé de roman, pour retrouver une disparue. Différent donc, sans doute moins dense, mais pourtant bien dans la lignée.

Car comme toujours, encore plus que d’habitude même, la personnalité de Guido Guerrieri prend le pas sur l’enquête. C’est lui que le lecteur vient retrouver. Son blues, son ironie, ses réflexions sur la justice et le métier d’avocat, ses goûts littéraires et musicaux, ses rêveries dans Bari, ses rencontres … Et on est, une fois de plus servis. On lit le roman, à la fois triste et souriant avec l’impression de passer un moment avec un ami cher. Qui ne nous quitte pas vraiment une fois le roman refermé, mais qu’on l’on a hâte de retrouver dans le prochain.

On sourit à son humour, on partage ses souvenirs cinématographiques (très belle scènes d’échanges de répliques avec une amie autour d’un verre), ses références en matière de polar quand une lecture classique l’aide à trouver la disparue … Un vrai bonheur.

Et puis, comme beaucoup de ses confrères italiens, Gianrico Carofiglio a l’œil acéré et le sens de la formule. Ce passage, entre autres, m’a beaucoup plu :

« Quelqu’un a dit que les hommes se divisent en plusieurs catégories : les intelligents et les crétins, les paresseux et les entreprenants. Il existe des crétins paresseux, en général insignifiants et inoffensifs, et des intelligents ambitieux auxquels il est possible d’attribuer des tâches importantes, alors que, dans tous les domaines, ce sont les intelligents paresseux qui accomplissent les exploits les plus notables. Mais il est un point incontestable : les crétins entreprenants constituent une catégorie si dangereuse et si dévastatrice qu’il convient de les éviter soigneusement. »

Certes c’est réducteur … Mais ô combien vrai. Et qui n’a pas eu à subir, un jour ou l’autre, voire malheureusement un peu plus souvent, un représentant zélé de la dernière catégorie ? Pour ma part, j’ai des noms.

En attendant, Gianrico Carofiglio et Guido Guerrieri font sans conteste partie des intelligents paresseux.

Gianrico Carofiglio / Le silence pour preuve (Le perfezioni provvisorie, 2009), Seuil/Policiers (2011), traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

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