Rentrée irlandaise fracassante chez Rivages.

Les vacances sont finies, les bouquins qui s’accumulent et que je n’ai pas eu le temps de lire vont sans doute devoir attendre la prochaine pause, place à la rentrée. Qui commence très fort avec un premier roman ébouriffant qui, une fois de plus, nous vient d’Irlande. Il inaugure la nouvelle maquette des éditions Rivages/Thriller : Les fantômes de Belfast de Stuart Neville.

Belfast début des années 2000. Depuis que l’accord de paix a été signé en avril 98 les choses changent. Les anciens combattants se convertissent rapidement en hommes d’affaires et/ou hommes politiques, mais certains restent sur le carreau. Comme Gerry Fegan, tueur de l’IRA qui, après douze ans de prison se retrouve dehors, et boit pour tenter de tenir ses fantômes à distance. Ses douze victimes le hantent et viennent, toutes les nuits, lui demander de punir les coupables, ceux qui, sans se salir les mains, sont eux aussi responsables de leur mort.

Pour retrouver la paix dans une Irlande du Nord qui est loin d’avoir oublié ses haines et le sang répandu, Gerry Fegan commence à faire le ménage, et devient pour tous l’homme à abattre.

Il semble donc que cela soit un premier roman. Si c’est le cas, Stuart Neville promet. Quel putain de bouquin ! (Excusez l’expression, mais c’est vraiment le cri du cœur).

Lyrique, onirique, noir, mêlant fantômes du passé et magouilles bien présentes, superbe description d’une génération perdue, sacrifiée sur l’autel des haines et des guerres. Loin, très loin de la mythologie de l’IRA et de la grandeur du sacrifice des irlandais pauvres et purs, sans pour autant minimiser les souffrances endurées, l’absurdité de l’occupation anglaise, sa brutalité, son arbitraire.

Un vrai grand roman noir comme on les aime, sans chevalier blanc, avec quelques beaux pourris, dans les deux camps, avec la peinture sans concession des horreurs commises des deux côtés ; avec une vraie humanité et compréhension pour ceux qui souffrent, avec une indignation et une rage face à ceux qui, sans jamais s’être mouillés, ont su profiter et prendre le virage en empochant l’argent.

Mais également avec un espoir, mince, mais un espoir quand même, celui que la nouvelle génération puisse vivre en paix.

Et quels personnages ! Avec Gerry, torturé, au bord de la folie, archétype réussi du héros de polar comme on les aime ; avec un superbe portrait de femme qui tente, à sa façon, de résister à la connerie et la saloperie ambiante, et ne lâche jamais le morceau ; et avec une galerie de pourris cyniques, manipulateurs, profiteurs particulièrement gratinée.

Le tout servi par une intrigue haletante, où les retours en arrière parfaitement distillés éclairent le présent sans jamais nuire au rythme du récit.

Bref, un grand roman, peut-être la grande découverte de cette rentrée littéraire.

Stuart Neville / Les fantômes de Belfast (The ghosts of Belfast, 2009), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’irlandais par Fabienne Duvigneau.

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