Règlement de compte à Acme Corral

Deadwood de Pete Dexter, Lonesome Dove de Larry McMurtry, les rééditions d’Elmore Leonard … Il semblerait que les éditeurs français se soient décidés à nous faire découvrir un genre assez proche du polar : le western. Une nouvelle pierre incontournable est apportée à cet édifice avec la réédition chez rivages noir de Warlock de Oakley Hall.

Warlock, petite ville proche de la frontière mexicaine. En cette fin de XIX° siècle la ville est livrée aux exactions des cowboys de McQuown. Les shérifs ne durent guère. Soit ils fuient, soit ils se font descendre. Exaspérés, les citoyens « respectables » décident de se grouper en comité et de se cotiser pour embaucher un pistolero connu pour faire respecter l’ordre. Ce sera Clay Blaisedell, qui a déjà fait le ménage dans une ville proche. En même temps, dans la mine d’argent voisine, la tension monte entre des mineurs qui voudraient s’organiser pour faire respecter un minimum de droits et l’administrateur de la compagnie qui ne veut rien lâcher et les traite comme du bétail.

Roman choral, roman complet, roman grandiose, western en même temps que roman noir social, chronique de la fin d’un mythe et d’une époque, roman de transition, roman d’apprentissage, et bien d’autres choses encore.

Une histoire superbement racontée, avec des péripéties, des duels au petit matin, des chevauchées, un héros plus grand que nature mais en même temps fragile, tous les personnages que l’on attend quand on aime les westerns (le juge alcoolique, le marshal champion pour dégainer, la jeune ingénue dont il tombe amoureux, le joueur, l’ancienne prostituée, les affreux …).

Un hommage au classiquissime Règlement de compte à OK Corral, mais en étant beaucoup plus riche et beaucoup plus complexe et complet.

La description des conflits sociaux, comme un avant goût des grands romans noirs de la période des années vingt-trente, le début des syndicats américains, et en parallèle le début des milices de briseurs de grève (et de grévistes) comme le seront les Pinkerton.

J’y reviens, des personnages inoubliables, tous inoubliables. Morgan le joueur, Clay le héros, Kate l’ex prostituée, Miss Jennie, terrifiante dans son rôle d’ingénue dévastatrice, le vieux et abominable Dad McQuown sont des archétypes maintes fois vus et revus (en particulier au cinéma) mais en même temps de vrais personnages complètement incarnés, complexes, humains. Ils illustrent bien la force incroyable du cliché quand un auteur talentueux sait se l’approprier.

Le récit de multiples luttes : entre les cow-boys et les citadins ; entre la loi de la jungle de l’ouest des débuts et l’ordre et la loi imposés par la « civilisation » ; entre le héros mythique, la figure hors norme et la force du nombre et l’organisation des gens « normaux » (et on rejoint là les thématiques de L’homme qui tua Liberty Valence) ; entre donc aussi les mineurs et le propriétaire (lutte des classes donc) …

Des scènes d’anthologie comme les nombreux duels, la bataille de Acme Corral, les scènes de foule (et en particulier les tentatives de lynchage), les scènes avec le général dégénéré, quelques assemblées de mineurs, et le final, magistral.

Il y a tout cela, et bien plus encore, dans Warlock.

« Le rôle de la fiction n’est pas d’exposer les faits, mais la vérité » lit-on à la fin du prologue. Et tout amateur de western sait déjà que : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. » Avec Warlock, Oakley Hall écrit la légende de l’ouest, qui devient vérité.

Oakley Hall / Warlock (Warlock, 1958), Rivages/Noir (2010), traduit de l’américain par David Boratav.

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