Trash Circus, Joseph Incardona

Quand j’ai écrit mon billet sur La belle vie, de nombreux commentateurs m’ont renvoyé à Trash Circus de Joseph Incardona qui sortait en même temps. Je m’étais donc bien promis de le lire. C’est chose faite.

IncardonaFrédéric Haltier est une authentique pourriture. Egoïste, narcissique, cynique, méprisant et violent avec les plus faibles, et en particulier les femmes, rancunier, sans scrupules et sans morale … Il a toutes les qualités. Ajoutez à cela qu’il travaille dans une des pires sociétés de production de téléréalité, et que pour se détendre il aime bien se mêler aux supporters les plus violents du PSG pour aller casser la gueule à ceux d’en face après les matchs. Un personnage vraiment attachant. Et c’est dans sa tête que Joseph Incardona a décidé de nous faire passer plus de 200 pages …

Commençons par la comparaison avec La belle vie. Au risque de les étonner, je ne suis pas d’accord avec mes illustres commentateurs, les deux romans n’ont pas grand-chose en commun. Alors certes dans les deux le narrateur est peu recommandable, dans les deux il y a du cul, et du cul cru (joli non ?), les deux tournent autour du monde du spectacle.

Mais il y a pour moi une énorme différence qui fait que La belle vie m’effare, me dérange énormément, là où Trash Circus est sombre, dur mais ne risque pas de m’empêcher de dormir. Cette différence réside dans le fait que le narrateur de Stokoe est complètement vide et aspire au mirage vendu par la pub, sans jamais retirer le moindre plaisir de rien. Il n’a que des désirs, vendus par le mirage télévisuel, c’est l’aliéné ultime.

Frédéric lui ne croit absolument pas au monde de papier glacé, d’autant moins qu’il participe à sa fabrication. Il sait qu’il est factice, il se contente d’en tirer tous les avantages qu’il peut. Et il a du plaisir. Du plaisir à être un parfait salaud, du plaisir à fracasser des cranes ou effrayer des femmes. C’est un pourri, mais un pourri que je peux comprendre, un pourri avec de la chair à l’intérieur. Donc il me fait beaucoup moins peur comme personnage, il me « dérange » beaucoup moins.

Ajoutez à cela que l’on entend la voix de Joseph Incardona dans certains jugements sur le monde actuel, et en particulier sur le monde de la télé (c’est du moins mon ressenti). Une voix très critique, c’est le moins que l’on puisse dire, même si son personnage se sert de cette critique pour renforcer son cynisme. Alors que Stokoe ne transparaît à aucun moment derrière son personnage, l’écriture reste uniquement descriptive, sans jugement.

Ceci dit, attention, cette différence majeure qui ne veut absolument pas dire qu’un roman est meilleur ou moins bon que l’autre. Ils sont justes différents. Car dans son genre Trash Circusva lui aussi vous secouer les neurones et les tripes.

Cynisme, vulgarité, adoration du Dieu Fric et de tout ce qu’il permet d’acheter, être humains compris, violence des rapports dans un lieu de travail où les égos sont exacerbés et où seuls comptent le fric et la réussite individuelle … C’est tout cela qui est programme. Auquel il faut ajouter la rage de l’auteur qui transparait de temps à autre dans les soliloques d’un narrateur infect. C’est cru, noir, violent …

C’est une grande partie de notre monde (mais pas tout) dans ce qu’il a de plus vulgaire, sa télé. Bienvenue chez Pandemol …

Joseph Incardona / Trash Circus, Parigramme/Noir 7.5 (2012).

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