Un nouvel auteur espagnol

On aurait pu croire la plongée dans la période franquiste réservée à ceux qui ont vécu activement sa fin. On pense aux fondateurs du polar espagnol actuel, à la génération de Manuel Vazquez Montalban et Francisco Gonzalez Ledesma. Et on s’aperçoit que la thématique intéresse aussi la génération suivante.

del arbolAprès le superbe Empereurs des ténèbres d’Ignacio del Valle (né en 1971), voici un autre roman qui explore, de très belle manière, la même époque. Il s’agit de La tristesse du samouraï de Victor del Arbol (né lui en 1968).

Décembre 1941, quelque part en Estrémadure, une femme élégante attend un train, accompagnée d’un enfant d’une dizaine d’année. Elle fuit vers le Portugal. Mai 1981, Maria, avocate de renom se meurt d’un cancer dans une clinique chic de Barcelone. Elle vient de vivre des semaines de terreur, et de sang. Des semaines d’une vengeance qui prend sa source sur ce quai de gare en décembre 41 …

Alors que dans l’ombre certains se préparent à renverser la toute jeune démocratie, les horreurs du franquisme refont surface.

L’impression qui se dégage tout au long de la lecture est qu’on a là du très beau boulot. Peut-être pas LE roman qui vous fait crier au génie absolu, mais le style de polar impeccable qui nous fait tant aimer le genre.

Ca commence avec des personnages consistants, ambigus et compliqués, comme de vrais gens, que l’auteur dévoile peu à peu, au rythme d’une intrigue complexe parfaitement maîtrisée. Certes il n’est ni le premier ni le dernier à utiliser des allers retours entre passé et présent, et à alimenter ainsi le suspense et les interrogations sur les traumatismes ou les fautes de ses personnages. C’est un procédé relativement classique, et terriblement efficace quand il est bien utilisé. C’est le cas ici, ce qui crée un suspense du meilleur aloi.

Et tout cela est au service d’une histoire ancrée dans l’Histoire, dans une Espagne qui n’a pas terminé de régler ses comptes avec le franquisme et les franquistes. Violences de la dictature, vengeances, violences faites aux femmes (hier eu aujourd’hui), traumatismes liés à la Division Azul envoyée combattre en URSS auprès des nazis (comme Ignacio del Valle), impunité des puissants qui savent passer indemnes d’une époque à l’autre … Il y a aussi tout cela dans La tristesse du samouraï.

A lire donc.

Victor del Arbol / La tristesse du samouraï (La tristeza del Samurái, 2011), Actes Sud/Actes Noirs (2012), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

7 réflexions au sujet de « Un nouvel auteur espagnol »

  1. son

    J’ai découvert Arbol avec  » toutes les vagues de l’océan  » que j’avais bcp apprécié. Et je continue la découverte de cet auteur avec la  » Tristesse du samourai « . Un régal même si noir et âpre. Je vais bientôt finir cette histoire que je ne lâche plus dès que j’ai une minute !
    Et c’est ce que je cherche quand je lis : être happée par l’aventure, savoir par avance que je regretterai d’avoir lu trop vite mais vouloir connaître la fin…

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  2. Françoise

    Bonne nouvelle : avec « La Veille de presque tout », Victor del Arbol revient en janvier 2017 !
    « Un policier rongé par les rumeurs et les remords est appelé au chevet d’une femme grièvement blessée. Ils remontent ensemble le temps où leurs vies se sont entremêlées. »
    Inutile de dire que, moi qui ai déjà adoré les trois premiers, j’attends celui-ci avec une impatience certaine !

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    1. actudunoir Auteur de l’article

      Un roman qui, de plus, a gagné un prix très important en Espagne. J’ai trouvé qu’il avait passé un cap avec Toutes les vagues, si on en croit le succès en Espagne, celui qui arrive est tout aussi bon. Un bon début d’année en perspective.

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      1. actudunoir Auteur de l’article

        Je viendrai … Un jour. Pour l’instant entre le boulot et la famille, j’ai renoncé à me déplacer pour des festivals de polar et je ne me bloque que TPS, vu que je suis sur place. Mais toutes les époques ont une fin, et les enfants grandissent, d’ici quelques années on récupèrera un peu de temps !

  3. Square

    J’ai toujours eu un faible pour la littérature et l’histoire espagnole. J’ai détesté Franco et je n’ai jamais pu concevoir qu’il y ait dans un même pays tant de gens progressistes et tant de réactionnaires. Cela reste pour moi un mystère. Mais même en France, comme disait Germaine Tillion en 1944 :
    « L’humanité se compose de deux minuscules minorités : celle des brutes féroces, des traîtres, des sadiques systématiques d’une part, et de l’autre celle des hommes de grand courage et de grand désintéressement qui mettent leur pouvoir, s’ils en ont, au service du bien. Entre ces deux extrêmes, l’immense majorité d’entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix et de prospérité, se révélant dangereux à la moindre crise. »
    Ceci explique cela…

    Ce roman est vraiment dur, sans état d’âmes (comme les salauds) et cependant on peut entrapercevoir la possibilité du rachat et de la pénitence. C’est bien.
    Tout n’est peut-être pas perdu !

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