Carlos Salem, Un jambon calibre 45

Depuis l’arrivée fracassante de Aller simple, c’est avec impatience qu’on attend, tous les ans, le nouveau Carlos Salem. Le dernier Un jambon calibre 45 c’est fait un peu attendre, mais il est là, tout chaud.

SalemNicolas Sotanovsky est, suivant les avis, un latino craquant, un raté complet, un argentin mystérieux, un glandeur professionnel. Il faut dire qu’il est un peu tout ça à la fois et traine son blues dans une ville de Madrid écrasée par la chaleur d’août. Ce jour-là il se fait jeter par sa copine du moment et décide de profiter de la proposition d’un compagnon de beuverie : aller squatter chez une dénommée Noelia, très sympa et très cool, qui est en vacances et a laissé son appartement à la disposition de qui veut. Superbe occasion et possibilité pour lui, journaliste raté, de commencer enfin ce grand roman qu’il croit pouvoir écrire.

Manque de chance, il n’est pas installé depuis 24 heures qu’un malabar débarque, lui allonge une droite et lui dit qu’il a une semaine pour ramener Noelia et le fric. Noelia, il ne l’a jamais vue, et quel fric ? Il va être « aidé » par une brune gironde et peu farouche et un chat de gouttière philosophe, rencontrer des tueurs sans scrupule, un Marlowe par correspondance, un chauffeur de bus perdu et une vache secourable … entre autres.

Carlos Salem nous a déjà habitués à ses intrigues pour le moins flottantes, à ses personnages extravagants mais pourtant tellement crédibles, à ses déambulations à travers l’Espagne ou le Maroc. Il nous a déjà habitués à ses polars qui n’en sont pas, à ses fils narratifs en apparence décousus qui pourtant finissent par se tisser.

Il reprend tout cela ici, avec un nouveau personnage, toujours aussi paumé, toujours désespérément amoureux, sans trop savoir de qui. Malheureusement cette fois ça marche un tout petit peu moins bien à mon goût. Je ne saurais dire pourquoi, j’ai eu à la lecture de grands moments d’enthousiasme, et d’autre où mon intérêt faiblissait. Comme si l’histoire était un moins tenue (mais c’est très compliqué de tenir un lecteur en lui donnant l’impression qu’on fait « n’importe quoi »).

Je ne me suis pas ennuyé, mais j’ai moins aimé. Même si certaines scènes resteront gravées dans ma mémoire. Comme celle où Nico tente de poursuivre une conversation téléphonique intelligente alors que la brune Nina lui fait subir les derniers outrages, la relation géniale avec un chat de gouttière, ou encore un voyage en bus surréaliste. Sans oublier le tueur sentimental, ou le privé miteux.

C’est en lisant ce roman d’ailleurs qu’on prend conscience de la difficulté de maintenir une cohérence et une tension dans des histoires en apparence complètement déjantées avec des personnages qui ne devraient pas être crédibles, et qui le sont. Un vrai numéro de funambule. Et c’est compliqué de marcher sur un fil à longueur de roman, alors cette fois, peut-être l’artiste a-t-il un peu perdu l’équilibre. Il n’est pas tombé, mais il a vacillé.

A lire pour ceux qui, comme moi, aiment cet auteur et pour les très bons, et même excellents moments. A déconseiller toutefois à ceux qui découvriraient l’auteur, parce que l’ensemble est moins réussi que pour ses trois premiers romans.

Carlos Salem / Un jambon calibre 45 (Un jamón calibre 45, 2011), Actes Noirs (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Bleton.

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