Gianni Biondillo, Le matériel du tueur

A la lecture de la quatrième de couverture il semblerait que j’ai raté deux romans de Gianni Biondillo chez Joëlle Losfeld. J’en suis fort marri. Car j’ai beaucoup aimé Le matériel du tueur, son troisième traduit en français, une belle révélation pour moi.

BiondilloEtrange … Dans la banlieue de Milan un petit délinquant sans importance est libéré lors d’un transfert de la prison vers l’hôpital par un commando qui sent la mafia à plein nez. Mais pourquoi donc s’intéresseraient-ils à un africain paumé ramassé dans un bistro lors d’une bagarre à propos d’un match de foot ? A moins que les choses ne soient plus compliquées, et que le petit malfrat soit un gros, un très gros poisson. Qui, autre fait étrange, échappe sans peine à la traque d’Elena Rinaldi, une flic d’élite venue exprès de Rome. Une flic secondée par un local, le bougon mais étonnant inspecteur Ferraro.

Rien ici ne révolutionne le genre. Aucune des qualités de ce roman enthousiasmant n’est absolument nouvelle. C’est l’ensemble qui met en joie et fait réfléchir.

La structure est classique : D’un côté le tueur, que l’on suit sans vraiment savoir où il va ni quel est son but, et dont on découvre peu à peu le passé. D’un autre les deux flics qui le traquent et qui se font balader. Classique, mais très bien maîtrisée, aussi bien dans les aller-retour présent-passé que dans les passages d’un personnage à l’autre. Donc très efficace et plaisant à lire.

Les personnages eux aussi sont classiques : un tueur très bien entraîné qui poursuit un but que l’on découvre peu à peu, une flic coriace et à la dent dure et un autre dépressif et tête de lard. Trois archétypes. Encore faut-il savoir les manipuler. Et Gianni Biondillo le fait parfaitement. Il ne se contente pas du cliché, il lui donne une chair et une âme. Et surtout, il fait preuve d’un humour parfois ravageur. Les dialogues entre Ferraro et un collègue un poil extraterrestre sont des monuments du genre. Eclats de rire garantis. Les épisodes gastronomiques, quasi incontournables quand on est en Italie sont eux aussi très réussis. Prévoyez quelques antipasti pour quand vous refermez le bouquin, il donne faim. Et cela donne des goûts et des odeurs au texte.

Cet humour, cette énergie et ce plaisir de la narration font que les digressions assez nombreuses sur le passé colonial de l’Italie en Afrique, les circuits actuels de traite des migrants, ou les charmes historiques et artistiques de telle ou telle ville du nord de l’Italie ne sont jamais pesantes et ne donnent jamais l’impression de ralentir ou alourdir le récit. Au contraire, elles lui donnent une épaisseur et un intérêt qui ajoutent au plaisir de lecture.

On apprend en s’amusant. Et surtout on se régale. Une vraie découverte pour moi. Je ne sais pas si je vais trouver le temps de lire les deux premiers, mais il est certain que je ne raterai pas le suivant.

Gianni Biondillo / Le matériel du tueur (I materiali dell killer, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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