Graham Hurley, L’autre côté de l’ombre.

Depuis que je l’ai découvert, je suis régulièrement les apparitions de l’inspecteur Faraday, créé par l’anglais Graham Hurley. Ma dernière rencontre avec lui est due à la réédition en poche de L’autre côté de l’ombre. Une rencontre très agréable, comme toujours.

HurleyDéfinitivement écœuré par les bâtons qu’on lui met dans les roues, et par les attaques que lui valent ses méthodes peu orthodoxes, Winter qui s’est fait virer de la police de Portsmouth, est passé à l’ennemi. Il travaille maintenant pour Bazza Mackensie, le caïd de la ville. Faraday lui est resté dans la police, et se voit confier l’enquête sur le meurtre d’un agent immobilier en vue. Meurtre étonnant, cet homme a priori sans histoire, ayant de toute évidence été abattu par un professionnel. Dans une ville et un pays livrés à l’unique loi du profit, avec les pertes de valeurs et le chaos que cela implique, les parcours des deux hommes n’ont pas fini de se croiser.

Graham Hurley, comme son collègue John Harvey, représente la qualité du cousu main anglais. Personnages fouillés, intrigues travaillées, construction impeccable et un style d’écriture classique et d’une efficacité redoutable. Certes, cela ne fonce pas à cent à l’heure, il prend son temps, pas d’effets pyrotechniques, pas d’effets de manche, pas de recherche d’un nouveau style ou d’un nouveau type de narration. Non du grand classique mené de main de maître.

Et, une fois de plus, comme Rankin, comme Markaris, comme Bruen, comme ThorarinsonGraham Hurley est le témoin et le chroniqueur de notre temps, de la crise financière qui frappe le monde, et de la crise de valeurs qui l’a entraînée.

Car c’est bien cela qui est au centre du roman, au-delà de l’intrigue (parfaitement menée par ailleurs). Crise qui a amené à ne plus retenir comme critère de valeur que l’argent gagné, que la réussite financière, à l’exclusion de toute réflexion sur la finalité de ce que l’on fait, sur les effets sur les autres, sur le bien, ou le mal, qui résulte de ses actions sur l’ensemble de la société. Si cela me sert à gagner du fric, c’est bon, même si je n’en ai pas besoin, et si j’entraîne la faillite, la misère et le désespoir de centaines de gens.

C’est ce cynisme, cette perte de valeur, la démission hypocrite d’une classe politique complice qui fait semblant de compatir d’un côté tout en glorifiant la réussite individuelle de l’autre qui sont au centre du roman.

Et comme toujours quand on a affaire à un grand auteur, cela est fait sans prêche, sans démonstration, sans grand discours, juste en montrant les effets concrets de cette situation sur les victimes, et les conséquences qu’ils peuvent avoir. Et en décrivant, côte à côte, les comportements de ceux qui sont considérés (à juste titre) comme des truands, et ceux que la presse et les politiques montrent en exemple comme des gagnants.

Le lecteur, qui est un grand garçon ou une grande fille, est tout à fait capable d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Graham Hurley / L’autre côté de l’ombre (The price of darkness, 2008), Folio Policier (2012), traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.

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